27.08.2008
Régis de Sa Moreira - Mari et femme
Pantoise. Scrabble et mot compte triple.

Ils sont en train de se séparer. La dernière année a été catastrophique, ils sont devenus des étrangers l'un pour l'autre. Lui, il a perdu la boule dans une sorte d'intégrisme littéraire : comme il ne parvient pas du tout à écrire son nouveau roman, il a viré la télé, le téléphone, les livres, tout, il s'est viré lui-meme, d'ailleurs. Elle, son boulot d'agent littéraire elle l'aime, mais ça ne cartonne pas, elle est méchante avec son assistante, elle est froide.
Un matin, ils se réveillent chacun dans le corps de l'autre. Et ça dure. Alors...
Ecrit entièrement à la deuxième personne du singulier, on s'accroche parfois pour éviter le vertige, mais qui parle, de qui, pas toujours évident; pourtant on se fait cueillir complètement, c'est tout simple, pas d'effet de manche, pas d'entourloupe, mais une histoire à laquelle on peut très facilement s'identifier. J'ai marché à fond et été émue aux bons moments, englouti en une heure et médité beaucoup plus longtemps !
Ah si j'étais un homme...
Ed. Au Diable Vauvert, Août 2008, 182 p. 15 €
Les avis de : Lily, Amanda, Le Bookomaton, Emeraude, Joëlle,
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08.08.2008
Littéralement impossible de s'élever

Tome 1. Le Maître des Nuages
Almoha est une planète colonisée par les humains, qui se jouaient de la pesanteur y régnant grâce à la technologie. Las, l'abus d'exploitation y a réveillé les volcans et la planète est redevenue tout à fait hostile, les hommes ont fui. Mais dans la précipitation, tous n'ont pas eu cette chance, et ceux qui y vivent aujourd'hui en sont leurs descendants.
C'est un monde difficile, où des races mutantes ont vu le jour, le corps tentant de s'adapter à cette fichue pesanteur. Le brouillard est solide, qu'il faut casser autour de soi, la boue omniprésente avec son cortège de lézards prédateurs, la pluie meurtrit comme des cailloux et les nuages ont l'effet des icebergs.
Nath est un jeune homme entre 17 et 20 ans, qui dans ce premier tome va tenter de sauver la colline des manigances de Ghun le naufrageur. Naïf, isolé, il lui faudra du temps pour comprendre ce qui se passe vraiment...
Un univers sombre et presque désespéré, des circonstances adverses de tout côté, l'intrigue n'est guère appétissante, et son déroulement manque de passion. Pourtant, il règne cette atmosphère qui prend le lecteur sous son bras, et j'ai été séduite par cette inversion des éléments naturels. Ca ressemble aux jeux de mon enfance, "on dirait que j'étais le Docteur Helena Russel et toi le Commandant John Koenig, et qu'on atterrirait sur une planète inconnue..."
Le tome 2 est sorti en Juin 2008, Les prisonniers de l'Arc-en-ciel, et j'ai bien envie de savoir ce qu'il y a derrière la muraille de brume équatoriale, moi...
Ed. Bayard Jeunesse 2007, 253 p., 12,90 €
Clarabel n'a pas aimé, Actu SF en parle très bien.
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04.06.2008
Monsieur Lapin l'Etranger Mystérieux

Milieu du XXI° siècle, le monde est envahi par le virtuel. La communication passe par les vêtements, le port de lentilles de contact, on peut se rendre virtuellement partout et les déplacements physiques sont anecdotiques. La médecine a elle aussi progressé de façon stupéfiante, et si l'immortalité n'est toujours pas atteinte il y a nombre de "réchappés" : certaines maladies, comme Alzheimer, sont complètement soignables, et le corps peut être régénéré, même si tous ne réagissent pas correctement aux traitements. Robert Gu, lui, a eu cette chance, et il émerge du brouillard où Alzheimer l'avait plongé; il a tout à apprendre, de cette technologie évoluée, aidé par sa petite-fille qui maitrise ça aisément comme tous les gamins de son âge. Mais Robert Gu, en son temps, était un des plus grands poètes américains. A son talent incroyable était couplé le caractère d'un vrai sale con (on se demande d'ailleurs pourquoi son fils s'est embêté à le ramener à la conscience, vu comme il le déteste !). Il lui reste aussi à apprendre, pour de bon cette fois, à considérer quelque peu les autres s'il veut pouvoir vraiment vivre dans cette nouvelle ère...
Voici pour le héros, qui va se retrouver imbriqué au coeur d'une sombre histoire d'espionnage de haut niveau, mené par une icone de lapin farceur, et en sous-main par un traître qui croit avoir trouvé comment créer LA suggestion ultime, celle qui, invisible, manipulera l'humanité entière.
Au premier essai, j'avais abandonné cette lecture en cours. Mais le vieux Gu me plaisait bien, tout autant que sa croisade (un peu forcée) pour faire cesser la numérisation sauvage des livres physiques, cet objet devenu totalement obsolète. J'y suis donc revenue, en m'accrochant dans les trop nombreux passages purement technologiques, qui me sont franchement rébarbatifs. Mais l'histoire d'espionnage fait flop, c'est hasardeux, parfois puéril, et les aller-retour entre les divers personnages nous égarent.
Au final, ça reste de la Science-fiction un peu trop hard pour moi, (me suis surtout trop ennuyée, pour être honnête), mais l'intrigue humaine est vraiment séduisante et les personnages, tous intéressants.
Ed. Robert Laffont, Collection Ailleurs & Demain,450 p. 23 €
Trad. (USA) par Patrick Dusoulier
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03.05.2008
Anna Qui-Ne-Savait-Pas-où-Etait-sa-Place...

L'histoire d'Anna
A partir de 13 ans
C'est un 22° siècle glaçant et terrifiant qui nous est ici dépeint. L'homme a accédé à l'immortalité, sans savoir aucunement la gérer (pas plus que l'environnement, d'ailleurs). La surpopulation a engendré "La Déclaration", par laquelle chaque homme et femme s'engage à ne pas avoir d'enfant. Seule une poignée d'élus a l'autorisation de faire un seul et unique rejeton, aux autres s'applique la loi "d'une vie pour une vie" : si vous décidez d'enfanter, c'est en vous sacrifiant vous-même. Quelques illégaux choisissent malgré tout de donner la vie, les nouveau-nés étant alors incarcérés dans des foyers pour Surplus et les parents emprisonnés. Dans ces centres pour Surplus, c'est l'horreur totale, et plus particulièrement au Foyer de Grange Hall, où grandit la petite Anna. Les personnalités y sont consciencieusement annihilées, formatées, niées, pour fournir une main-d'oeuvre qui à défaut d'avoir une légitimité, servira d'esclave.
Et ce traitement inhumain, abject et terrifiant a formidablement fonctionné avec Anna. Arrivée à l'adolescence, elle est une brave petite fourmi qui récite ce qu'on lui a appris depuis toujours et est intimement persuadée de sa nullité parfaite. Pourtant, elle trouve au fond d'elle l'énergie nécessaire à un acte de subversion inouï : elle tient un journal intime sur un petit carnet affriolant qui lui a été offert par une "légale" chez qui elle a brièvement travaillé.
Arrive un jour Peter, qui a vécu jusqu'à lors dans la clandestinité, à l'extérieur. Saura-t-il convaincre Anna qu'il existe encore un monde Extérieur n'ayant pas complètement perdu la raison ? Et quand bien même, quel avenir pour deux adolescents dans un monde où les plus jeunes sont cinquantenaires ?...
Mené de main de maître, ce roman est réellement effrayant et son épilogue, qui se veut pourtant joyeux et rassurant, n'efface pas l'angoisse qui règne tout au long de son histoire. Qui a aimé "Auprès de moi toujours" de Kazuo Ishiguro retrouvera ici un peu la même impression, agrémentée il est vrai par quelques passages typiquement "Jeunesse" : l'évasion mouvementée par le tunnel, les sentiments exaltants, quelques menues choses de ce type. Mais le suspens ne faiblit jamais et j'ai été rivée aux pages.
Qu'on nous préserve de la longévité chimique !
Ed. Naïve, Sept. 2007
Trad. (Anglais) par Nathalie Peronny, 366 p., 16 €
Titre original : (Bloomsbury 2007) The declaration, Anna's story
Merci à Clarabel pour le prêt !
Les avis de : Lecture et cie, Clarabel, Stéphanie, Fashion, Catherine Gentile, Olga, Clochette, entre autres !
Une interview de Gemma Malley sur Bibiosurf.
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08.04.2008
Un beau matin, un petit garçon s'éveilla, et se demanda quel était son nom

La nouvelle choisie pour débuter ce recueil (L'Assassin infini) n'est pas représentative du reste, et peut dérouter : on y parle de vortex, de flux qui déplace les gens vers d'autres eux-mêmes, dans le même univers mais dans une réalité différente. C'est compliqué (genre "hard science" ?) mais fort heureusement, chacune des dix-sept autres est beaucoup plus accessible, et ce qui est fort appréciable, change de registre à chaque fois. Dans la limite d'une forme de désespérance en continu, le futur n'est pas heureux, pour Greg Egan, et la technologie, omniprésente, nous aura certes facilité grandement la vie mais au détriment des notions primordiales et primitives.
Dans Vers les ténèbres, le héros est une sorte de pompier qui se jette dans les "trous de ver", risquant sa vie et sa raison pour sauver des gens, en courant vers le noir (contre tout instinct) avec les lois de la physique inversées, dans une grande souffrance. Il dit à un moment :
"En réalité, je sais parfaitement pourquoi je suis ici. Je ne peux jamais tout à fait l'admettre au dehors - ça semble trop saugrenu, trop bizarre. Je suis bien sûr content de sauver des vies, et peut-être que c'est devenu une partie importante de toute cette histoire. J'ai sans doute aussi envie d'être considéré comme un héros.
Mais la vraie raison est quand même trop singulière pour lui coller désintéressement ou vanité comme étiquette : le trou de ver rend tangibles les vérités les plus fondamentales de l'existence. On ne peut pas voir l'avenir. On ne peut pas changer le passé. L'essence de la vie consiste à courir vers les ténèbres. Et c'est pour ça que je suis ici."
Ca me foudroie, parce que c'est la vérité absolue de sa condition, également valable à la nôtre, au fond.
"Le P'tit-mignon" me glace aussi, où un homme obsédé par l'envie d'être père s'achète ce qui est devenu tout à fait légal : un P'tit-mignon, vrai bébé dont on tripatouille la formation pour qu'il puisse être porté par le père, avoir toutes les fonctions d'un poupon "classique" sans jamais accéder à la parole, de sorte que sa durée d'utilisation (= de vie) limitée à 4 ans ne crée pas de drames quand elle arrive à terme.... Ah ouais ?...
Ou encore Plus près de toi, où un couple d'amoureux expérimente tout un tas de nouvelles possibilités d'être encore plus près l'un de l'autre... Redoutable, et plus on avance, pire c'est ! On retrouve d'ailleurs dans celle-ci le "cristal" et le "basculement" développé dans une précédente, où le cerveau n'est plus qu'un organe comme un autre puisqu'on a trouvé comment le remplacer. Brrr.
Je suis certes facilement impressionnable, mais nombre de situations ici évoquées me trottent dans la tête, certains passages me tourmentent même, et j'ai très envie de lire cet auteur dans un de ses romans également. On le qualifie d'auteur de SF le plus novateur de sa génération, je n'en lis pas suffisamment pour agréer, mais qu'il soit un auteur important et ancré dans un style et un univers tout à fait original, je n'en doute pas un instant. Une lecture prenante et inquiétante.
Ed. Le Bélial & Quarante-Deux, 2006 453 p. 23 €
Trad. (Australie) par Sylvie Denis, Francis Lustman, Quarante-deux, Francis Valéry, harmonisées par Quarante-Deux
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28.01.2008
Pauvres créatures que vous êtes

Ou peut-être juste le conseiller à celles et ceux qui ont envie de partir sur des rivages inconnus, qui acceptent de tâtonner dans le noir jusqu'à au moins la page 131, où il leur faudra réajuster leur imaginaire qui s'était sans doute un peu emballé; anticipation, oui, pure science-fiction, non. Et c'est sûrement ça le plus terrible. Couplé éventuellement à une objectivité de ton qui est redoutable. Un peu plus de passion, de vie là-dedans aurait tué l'effet. Mais sans doute aurais-je préféré. J'aurais eu moins mal à la fin...
Ed. des Deux Terres, Mars 2006 & Folio Janvier 2008, 441 p. 7,40 €
Trad. de l'anglais par Anne Rabinovitch
La blogolivres en parle à mots couverts : Clarabel, Lillounette, Karine, Lily, Loutarwen, Matoo, Clochette, Jules, Naniela, entre autres !
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02.05.2007
There is Something in the Woods
Tatiana Tolstoï – Le Slynx
Robert Laffont, collection Pavillons, 2002
Ceci est un roman.
Ceci est à la fois de la fantasy, de la science-fiction, de la poésie, un conte, une satire, un pamphlet, un écrit révolutionnaire.
Ceci est une traduction qui tient du travail de forçat, mêlant le français du XVI° siècle aux explications de tous les termes russes, en passant par les références de toutes les citations.
Ceci est avant tout formidablement réussi, ciselé, drôle, pointu et d’une impertinence totale.
Nous sommes donc longtemps après l’explosion nucléaire qui a anéanti la civilisation, dans ce qui était la Russie. Notre héros c’est Benedikt, il est copiste, c'est-à-dire qu’il est chargé de recopier sur l’espèce de papier qu’ils utilisent les textes qu’écrit le Grand Mourza. Enfin, c’est ce qu’il dit. Sauf qu’il reste encore quelques anciens, survivants « avec séquelles » de l’ancienne époque. Une de leurs particularité est de ne plus vieillir, d’être restés bloqués à l’âge qu’ils avaient au moment de l’explosion. Et puis bien sûr ils sont remplis d’amertume et de tristesse, ont beaucoup de mal à s’adapter au quotidien, très proche de l’âge de fer, des nouveaux hommes. Leur nourriture, leur langage, leurs comportements les répugnent. Sans parler des mutations physiques, légion et impressionnantes.
Or donc, Benedikt apprend un jour qu’il existe encore des anciens livres, qu’ils ne sont pas contaminants comme le pouvoir l’affirme, et découvre que rien ne compte plus pour lui que de se plonger dans ces mondes parallèles.
Seulement, il vit au premier degré. Et lit donc de même.
Passés à la moulinette de sa vision pour le moins binaire du monde, nous pénétrons à notre tour dans cet univers si particulier…
Enormément d’humour tout au long de ces pages enchanteresses, souvent très caustique et qui décrit à la perfection la Russie de l’après-perestroïka (la scène du versement de salaire et de l’imposition, par exemple, avec son explication géniale de l’expression « avoir le bras long »). Mais pas seulement, et loin de là.
Les interprétations de Benedikt, si erronées et terre à terre, m’ont aussi beaucoup renvoyée à mon propre profil de lectrice, et ça c’était très désagréable :)
Et puis enfin le travail magnifique du traducteur, un peu comme dans Alvin d’Orson Scott Card, on se régale.
J’ai aimé à la folie chacune des pages, l’histoire et le contexte, le style et les milliers de petites allusions qui y sont disséminées ici et là.
Superbe.
Traduction (Russe) de Christophe Glogowski
403 p.
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16.10.2006
Ecologie, mon amie
Nancy Kress – Les hommes dénaturés
Flammarion, Imagine, 2001
2034, les effets des émanations chimiques dont sont truffés nos produits de consommation courante ont gravement altéré nos hormones. La population est très vieillissante, et les jeunes sont une espèce rare et protégée. Avoir des enfants est devenu tellement difficile que les gens ont rabattu leurs besoins de protection et de tendresse sur les animaux domestiques, s’attirant l’appellation de Tégés (Tarés Graves).
Trois personnages prennent tour à tour la parole pour nous raconter une bien étrange histoire, dont la vivifacture, les manipulations génétiques, et l’éthique sont le coeur. Shana Walders, impertinente jeune fille qui veut intégrer l’armée, Cameron Atuli, danseur étoile homosexuel qui vient de se faire effacer la mémoire, et Nick Clementi, illustre scientifique qui prépare sa mort, vont devoir se rencontrer et s’entraider, pour…
Prenant, cohérent, flippant, ce roman plaira même à ceux qui ne goûtent guère la science-fiction habituellement.
Une histoire efficace et bien menée, manque juste la petite touche d’éclat qui en ferait un coup de coeur.
Traduction (USA) de Jean-Marc Chambon
262 p.
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16.09.2006
Seul l'oiseau moqueur chante à l'orée du bois

Walter Tevis – L’oiseau d’Amérique
Presses de la renaissance, 1980
Rééditions J'ai lu, 10-18 et Folio
25° siècle, le monde est régi par les droits sacrés à la Solitude et à l’Individualisme. Les gens sont élevés en dortoirs, on leur serine à longueur de temps de petits mantras qui s’ancrent profondément dans leur esprit :
« Sexe vite fait protège », « Dans le doute, n’y pense plus », « Etre seul, c’est bien », « Pas de question, relax ».
Gavé de joints et de calmants, chacun est dans sa petite bulle, coupé des autres.
Plus personne ne sait lire, ni bien sûr écrire.
Mais certains, de plus en plus nombreux, s’immolent par le feu… Pourquoi ?
Bentley apprend seul à lire, en tombant sur de très anciens livres pour enfants. Ca intéresse Spofforth, un robot perfectionné, intelligent et capable de sentiments, pour son malheur. Mais moins finalement que Mary Lou, la rebelle qui revisite Adam & Eve avec une pomme en plastique…
La préface, fort bien faite, d’André-François Ruaud, nous présente Walter Tevis et donne envie de lire tous ses romans. Hélas il y en a peu, les choses sont mal faites. Pour vous le situer un peu, je citerais « L’arnaqueur » ou « La couleur de l’argent », il n’a pas fait que dans la SF.
J’adore la science-fiction de cette qualité-là, sans trop de jargon technologique, située dans un univers futuriste mais cohérent, bourrée de clins d’œil et de personnages attachants. Il se dégage une mélancolie tranquille, tour à tour désespérée ou pleine de vie, des moments de grâce pure.
Bentley découvre vite qu’il n’a aucun goût pour la fiction, mais qu’il est parfois touché par certaines phrases éparses qui trouvent en lui une résonnance, sans qu’il puisse vraiment les interpréter : il apprend à lire. C’est là où je me dis que je n’en aurai jamais fini moi-même.
Un roman captivant qui est tout entier une belle allégorie de la lecture.
Traduction (USA) de Michel Lederer
386 p.
L'avis de Chimère
15:00 Publié dans Vraiment très bien | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : science-fiction
30.08.2006
Si Guillaume II était assassiné...
Michel Pagel – L’équilibre des paradoxes
Denoël, 2004 (pour l'édition intégrale)
Connaissez-vous le steampunk ?
« Cette appellation quelque peu barbare désigne un sous-genre de la science fiction actuelle : l’action des récits « steampunk » est généralement située au XIXème siècle, époque chère aux nostalgiques de Jules Verne et d’Herbert George Wells. Les auteurs fondateurs du genre steampunk ne cachent d’ailleurs pas leur admiration (et leur dette) envers ces deux pionniers de la S.F. Le steampunk, c’est en quelque sorte la science fiction d’hier, vue avec un regard actuel et légèrement décalé : un mélange d’uchronie, de technologie rétro et d’atmosphère victorienne. Avec le steampunk, la science fiction se conjugue au futur antérieur.
Il semble que le terme « steampunk », formé sur « steam » (vapeur), ait été inventé à la fin des années 80 ou au début des années 90, en référence au genre cyberpunk, dont il serait en quelque sorte l’équivalent victorien. »
Olivier Legrand pour Les sentiers de l’imaginaire
A la sauce Pagel, c’est d’un moelleux incomparable.
Prenez une année 1905, un journaliste plutôt à gauche, un militaire pétri d’honneur et leurs épouses (ou presque). Ajoutez un scientifique venu du futur, une princesse russe du passé, un mastodonte d’une autre planète, un cyborg, un soldat d’une autre dimension, et une jeune fille de 1969 en plein trip rebelle. Mélangez avec leurs doubles, négatifs d’une réalité numéro deux. Et faîtes-les converger vers une hégémonie allemande.
Voilà une sacrée recette pour des paradoxes temporaux de toute beauté, me direz-vous.
Hé ben non.
Pas seulement en tout cas.
Sous forme de journaux intimes, ou de récit sur cassette pour la jeune Sophie, 4 protagonistes nous racontent, jour par jour (enfin presque, disons leur quotidien, qui passe par le passé et le futur), les aventures qui les emmènent à rétablir « une » réalité.
Lost et Les pirates des Caraïbes peuvent aller se rhabiller, ici on trouve de l’île déserte pas déserte, des pirates méchants et idiots, des pays étrangers où il ne faut jamais, jamais, boire de l’eau, et des aventures palpitantes toutes en Diantre, Peste et Patafiole !
L’expression la plus utilisée de tout le roman : A tout le moins.
A tout le moins voilà un roman idéal pour débloquer vos zygomatiques, si besoin en était.
429 p.
Prix Rosny Aîné et prix Julia Verlanger 2000.
L'avis de Chimère
15:00 Publié dans Vraiment très bien | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : science-fiction, steampunk

