22.10.2008

Pensées secrètes - David Lodge

"Les larmes sont un mystère"lodge.jpg

Dans une petite université anglaise fictive, la cinquantaine flamboyante, Ralph Messenger s'occupe des sciences cognitives. Il rencontre Helen Reed, romancière invitée pour le semestre. Chacun tient un journal intime, Helen à l'écrit en lieu et place du roman qu'elle n'écrit pas en ce moment, et Messenger sous forme de babil informel sur un enregistreur, dans un but scientifique lié à sa spécialité. Ils nous offrent leur point de vue, bien différent, sur les relations de couple...

Je ne sais vraiment pas pourquoi j'ai attendu si longtemps pour m'immerger dans l'univers de David Lodge, tant il m'apporte de plaisir. Ce roman est rempli d'ironie, de méchanceté, mais traite surtout des relations humaines avec une tendresse qui ne se dément jamais.

Le personnage masculin est amusant parce qu'en dépit d'une grande intelligence, d'une vie professionnelle, familiale et sexuelle harmonieuse et épanouissante, il est sous la domination de ses hormones. Ses "confidences" ultra privées à lui-même sont remplies de cul. En même temps il présente souvent une candeur confinant parfois à la bêtise pure (la Tchèque on la voyait venir de loin ! Ce qui prouve - si besoin était - qu'il ne faut jamais entamer une relation "par gentillesse"...) qui empêche qu'on le prenne en grippe. Intéressant, pour le moins. (Et j'ai adoré toute la partie "cognitive", le propre de l'homme étant sa conscience de la mort et les larmes un mystère encore irrésolu...).

Mais c'est le personnage d'Helen qui m'a charmée, quel prodige qu'elle sorte de la tête d'un auteur masculin ;o) Le passage où elle reconnait un proche dans la prose d'une de ses étudiantes est glaçant, l'ensemble de ce qu'elle pense, vit, ressent et intellectualise est prodigieux de justesse et du roman tout entier se dégage une proximité tout à fait particulière et enthousiasmante.

 

Ed. Payot & Rivages, 2002 & 2004 pour l'édition de poche, 453 p., 9 €

Traduction de l'anglais par Suzanne V. Mayoux

 

"On croit peut-être toujours aux éloges qu'on reçoit. Même en sachant qu'ils ne sont pas désintéressés, on pense qu'ils sont mérités."

"C'est effrayant de songer au nombre de romans que j'ai pu consommer dans ma vie, et au peu de substance que j'en ai retenu dans la plupart des cas."

"Le métier d'écrivain vous met à nu, d'une façon ou d'une autre. Même si l'oeuvre n'est pas ouvertement autobiographique, elle révèle indirectement vos peurs, vos désirs, vos fantasmes, vos priorités. C'est pourquoi les critiques sont toujours si blessantes, si difficiles à accepter ou à balayer. Injustes ou non à l'égard de votre livre, vous vous demandez si elles n'ont pas vu clair en ce qui vous concerne."