07.12.2006
L'insensée en elle avait raison
Anne-Marie Garat – Les mal famées
Actes Sud, 2000
Babel, 2002
« Regarde, maman, on dirait du Paul Cézanne » me dit Tom en regardant l’illustration en couverture (en fait il s’agit de Léon-Pétrus Spillaert, Toute seule (détail), 1909). Moi, ébahie, ouah mon fils, un érudit (en même temps, ils viennent de passer un trimestre sur Cézanne en Arts plastiques). Mais n’empêche, voilà pourquoi j’ai acheté Les mal famées.
Et bien m’en a pris.
Lise et Marie s’adoptent, pendant la guerre, alors qu’elles travaillent toutes deux dans une maison bourgeoise. Lise la couturière-gouvernante, 18 ans de solitude, et Marie le cordon-bleu, 50 ans de menton levé et fonce ma fille. Elles s’établissent dans une petite maison, en plein quartier bombardé, la première habitation personnelle de leur vie, la première fois pour plein de choses. Elles expérimentent ce fait si étrange de parler et d’écouter quelqu’un, de tenir une place, d’avoir une importance dans la vie d’une autre. Mais nous sommes en 1942, la faim, le froid, la peur ne se font pas oublier aussi aisément…
« L’envers est inséparable de l’endroit, l’héroïsme est faible. Ce que nous voulons, désirons avec constance, que nous appelons de nos vœux, l’amour, la concorde, la générosité et la satiété, après quoi nous courons, éperdus, époumonés, ne pèse guère en regard de la nécessité de l’instant, âpre, mauvaise et bestiale, quand se présente la question abrupte du besoin. Alors ni mal ni bien ne font l’affaire, pour aider à la décision. On ne choisit rien. Intrépide, ignare, avec exactitude l’instant improvise, il nous élit, au fil du rasoir. Bien plus tard, ensuite, on s’inventera les causes et les justifications, il en faut pour rester debout. Je ne m’approuve ni ne m’absous, l’insensée en moi avait raison. »
On se plonge dans cette histoire d’amitié féminine avec gravité, nous non plus n’approuvons ni n’absolvons, mais nous consentons. Une histoire âpre et tourmentée, racontée sur le fil et sans bavure.
213 p.
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