14.10.2011

Aujourd'hui, chaque crime est une équation que résolvent les ordinateurs quantiques

Tout est dans Shakespeare : c'est connu, on le sait, on l'a prouvé, mais José Carlos Somoza le décline avec son imaginaire baroque et puissant et en tire la moelle de tout agissement : le désir. Pour autant, peut-on lire "L'appât" quand on ne connaît pas l'oeuvre de Shakespeare ? On va se gêner.

peu importe que le public n'applaudisse pas,si le silence dans le théâtre est absolu

Vous allez voir, c'est tout simple : la théorie du psynome dit que ce nous sommes, pensons, et faisons dépend exclusivement de notre désir, et nous exprimons ce désir à chaque fraction de seconde par les gestes, les mouvements des yeux, la voix... Le psynome serait donc une sorte de code de notre désir. Qu'un génie aurait décrypté et reconnu dans les pièces de Shakespeare, chaque personnage représentant un cas typique de philia (le moteur qui le fait agir, sa sensibilité propre). Et la police madrilène a basé un département ultra-moderne sur cette théorie, utilisant des "appâts", formés dès l'enfance à pratiquer une suite de mouvements et expressions précis, appelés "masques", qui s'adressent instantanément aux philias, et qui sont d'une efficacité redoutable.

Diana est l'une des meilleures. Depuis quelques temps, elle ne sait plus où elle en est, dix ans en tant qu'appât l'ont égarée, elle a soif de sincérité. Elle va se lancer sur la piste d'un serial killer monstrueux, pour protéger sa petite soeur, et découvrir par la même occasion que l'être humain est encore pire que ce qu'elle croyait...

Honnêtement, je ne demandais qu'à aimer. L'idée de base est plus que séduisante, et la plume de José Carlos Somoza est habituellement habile; mais là, avec la meilleure volonté du monde, il y a un côté profondément ridicule (notamment dans l'épilogue, à tiroirs, chargé comme une mule) qui fait que non, je ne peux pas crier au magistral comme la 4° de couv.

Pourtant ça démarre bien, l'univers créé est solide et dense, mais les actions s'enchainent à un rythme effréné et ça dégouline de gore dans tous les coins, j'ai décroché au fur et à mesure jusqu'à ricaner à l'affrontement final, auquel je ne suis pas parvenue à adhérer le moins du monde, regrettant fortement les explications a posteriori qui prennent le lecteur pour un parfait imbécile. Le trouble gagne à être laissé dans l'ombre.

 

José Carlos Somoza - L'appât

Actes Sud, 2011, 408 p.

Traduit de l'espagnol par Marianne Millon

 

Les avis de :  Emeraude et Abeline.