05.10.2009

Charleston Sud - Pat Conroy

conroy.jpgSobre. Je vais faire très sobre. J'ai lu ce roman du premier au dernier mot, j'ai souffert, et une fois terminé, je suis dans un état de tristesse profonde (je le dis très sincèrement), je l'ai trouvé vraiment très mauvais.

1/ Il contient un nombre incroyable de poncifs, de clichés, d'expressions usées jusqu'à la trame.

2/ Son intrigue reprend tous (et je dis bien TOUS) les éléments de ses précédents livres, y compris son récit autobiographique (des jumeaux une soeur cintrée et suicidaire, le sport, l'esprit d'équipe, le narrateur qui n'ouvre jamais la bouche sans sortir une vanne, la psy géniale, la Citadel, le père malfaisant et méchant-méchant-méchant...) mais en les mélangeant et le résultat est trop copieux.

3/ On nage dans le sentimentalisme le plus sirupeux.

4/ Il se passe mille trucs qui s'enchaînent au petit bonheur, jusqu'aux toutes dernières pages c'est rebondissement sur rebondissement, on n'a le temps de s'attacher à personne.

5/ Ça fonctionne pas, quoi, le liant n'est pas là, tout est factice, pas huilé.

6/ Je trouve l'histoire invraisemblable (sobre, j'ai dit).

Que ceux qui comptent le lire sautent le paragraphe suivant, dans lequel j'en révèle pas mal, je préviens :

Il était une fois un petit garçon qui devint fou quand il découvrit le suicide de son grand frère. Il fut interné, mais s'en sortit avec l'aide d'une psy super top. Il vécut alors une adolescence absolument solitaire, battu froid par sa mère qui était, il le découvrira plus tard, une ancienne  - et future -  bonne soeur, et soutenu chaleureusement par son père qui l'adorait; pour couvrir un autre adolescent, il se fera arrêter avec de la drogue, et écopera d'une peine d'intérêt général qui le fera aimer de tous les gens pour lesquels il devra bosser; l'un d'eux, d'ailleurs, le rendra plus tard richissime en lui léguant toute sa fortune. Un jour, et en un seul même et unique jour, toute sa vie va changer : il rencontre, pouf, en même temps, toute une bande de jeunes gens et ils deviennent tous amis-pour-la-vie. Ces amis sont très divers, des noirs (et cela va révolutionner la ségrégation), des sportifs, des gens de la Haute, (dont une sportive de la Haute qui a des complexes), des orphelins, un homosexuel qui subira le Sida et entraînera une partie du roman à San Francisco à sa recherche, et deux d'entre eux ont un père à côté de qui Satan est cool-raoul. Il fera le grand méchant de temps en temps, pas tout le temps, c'est assez étonnant (je suppose que le but est de faire peser son ombre malfaisante sur la vie de nos troubadours, mais de là à l'oublier purement et simplement sans cesse...). A la fin, aussi, un ouragan. Et une toute dernière révélation, avant de fermer les paupières, en guise de bouquet final. (Avant ça nous passons de 1969 à 1989, puis retour, inexplicablement, en 69, avant de terminer par 89.) (Mais en fait le bouquet final est avec des marsouins, outils de réincarnation).

7/ Quelques extraits illustratifs : "Je m'effondre contre lui lorsque nous nous frayons un chemin dans la chaude lumière du soleil. Les voisins sont réunis en petits groupes autour de la scène du crime, curieux, blasés. Leur attente morbide leur fait espérer le pire. A cet instant, je les hais tous, mais leur pardonne aussitôt cette démonstration d'humanité brute, de curiosité innocente."

***

"Je n'aime pas les assiettes en carton, répète-t-elle, le visage tendu, mais toujours avec le ton de la parfaite maîtresse de maison. Je préfèrerais mourir."

***

"De tous mes amis, je crois que Chad Rutledge et moi nous comprenons sur chaque latitude et sur chaque longitude de nos coeurs mélancoliques, ainsi que le long de l'équateur fébrile de nos pauvres âmes lacérées. Nous nous aimons moins que nous aimons nos autres amis, cependant nous partageons un respect pour les talents et les failles de chacun; nous reconnaissons les affinités de notre fraternité imparfaite et pesante. Aucune de nous ne craint l'autre et, pourtant, nous savons qu'il y a beaucoup à craindre."

***

"- Alors, quel est le premier mot qui te vient à l'esprit quand tu penses à moi ?

- Ma mère m'a appris à ne pas me servir de clichés. Pour ne pas offenser son côté prof d'anglais.

- Essaie quand même, je me fous des clichés.

- Le premier mot qui me vient à l'esprit, c'est con. Ouais, c'est bien ça. Le second, c'est sale con. Le troisième, c'est putain de sale con. et celui-là, il résume à peu près tout."

 

J'aime toujours Mon Patounet, mais c'est "Le prince des marées" qu'il faut lire et relire.

 

Ed. Albin Michel, octobre 2009, 583 p.

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Marie-Lise et Guillaume Marlière

Titre original : South of Broad

 

Mango l'a beaucoup aimé.