23.10.2010
Homicide par pelle à tarte
"Le courage claquait discrètement des dents à l'arrière-plan et elle n'avait que le recours, bien plus creux, de l'audace..."
Elle a 16 ans, elle s'appelle My (Mydria), elle est tellement belle qu'on ne sait pas exactement où commence la lumière du soleil et où finissent ses cheveux. Elle croit qu'elle est une jeune fille de bonne famille qui arrivera à la cour en intriguant. Or elle est l'héritière d'une dynastie renversée depuis des siècles, le trône lui revient de droit.
Par une mystérieuse lettre qui apparaît un jour cachée dans le bec d'un non moins étrange sifflet (et qui lui apprend qu'elle possède un don...), elle se lance à son corps défendant dans une quête : l'inaccessible île contenant le trésor des Darcer...
L'auteur est toute jeunette, et en commençant ce roman j'étais assez incrédule. Le tout est tellement maîtrisé et réussi que je ne pouvais m'empêcher de douter. Puis j'ai lu ceci :
"Un air étrange envahissait peu à peu toute sa figure, quelque chose entre les larmes et le flétrissement. Malgré sa chevelure sans fils blancs, son teint rehaussé par la poudre, tous ces artifices qui avaient fini par faire partie d'elle, sa mère se révélait lentement telle qu'elle était. Une femme de quarante ans, que l'âge commençait à faner tout autant qu'une tristesse vague et douce."
Ok, elle a 18 ans :/
Au rayon moqueries, j'ai noté aussi ce moment où tout va mal, super mal, c'est l'horreur, My est perdue, désespérée, tout ça, et elle s'écrie : "Flûte, mais ce n'est pas vrai !"... Et une couverture révélant ce qu'on n'apprend que page 127, dommage (tiens d'ailleurs je ne la montre pas).
Mais tout ceci est détail, alors que c'est un vrai bon roman de Fantasy qui nous est ici offert. De facture classique (quête, épreuves, énigme, monstre, batailles, magie), il est prenant et distille de jolies valeurs morales. L'Aventure n'est pas absente, et une histoire d'amour se fraye lentement un chemin, on ne décroche à aucun moment. Il n'est pas publié en Jeunesse, mais peut être lu dès 12 ans sans problèmes.
L'épilogue appelle évidemment une suite, que je lirai avec plaisir.
L'héritage des Darcer - Marie Caillet
Ed. Michel Lafon, 2010, 407 p.
09:55 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : fantasy, aventure, quête, obstacles, solidarité, amour, tout, il y a tout dans ce roman, premier roman, d'ailleurs, et c'est vachement bien |
27.08.2010
Vivement l'avenir - Marie-Sabine Roger
"Il s'est mis à pleuvoir, mais sans aucun rapport."

Alex est une routarde, elle ne tient pas en place. A 30 ans elle ressemble à un adolescent, on la prend souvent pour un garçon. Là elle fait un CDD dans une usine, loge chez Marlène et Bertrand. Rencontre deux paumés, qui approchent la trentaine et qui traînent les jours, désoeuvrés et sans but. Au milieu il y a Gérard, lourdement handicapé. Ca pourrait suinter le désespoir, ça flirte avec, mais il suffit d'un tout petit peu d'humanité pour faire passer bien des choses...
On ne fait peut-être pas de littérature avec des bons sentiments, mais on en fait des romans touchants, qui donnent envie de s'ouvrir aux autres et font piquer les yeux.
Malgré tous les ingrédients de la platitude absolue, Marie-Sabine Roger parvient à faire exister son histoire et ses personnages en maintenant le tout sur un fil, en équilibriste. Elle sait apporter de la fraîcheur en jouant sur les dissonances et les à-peu-près, éclairer l'infime avec du rire, montrer le bord du gouffre mais ne jamais s'y laisser tomber. Elle sait parler de la laideur avec de jolis mots.
Au final on croit à cette histoire, on se laisse couler dans son ambiance et emporter par son épilogue. Du simple, du bon.
Ed. du Rouergue, collection La Brune, 2010, 302 p.
06:00 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : solitude, ennui, gris, amitiés, solidarité, lumière |
03.02.2009
Le film - Cypora Petitjean-Cerf
A Marcq-en-Baroeul vit un petit couple tranquille : Gisèle et Juan. Juan ne travaille plus depuis un accident du travail en 1990, Gisèle le couve d'une main de fer, en assurant leur quotidien à La Poste. Elle est très dure, très chiante, lui est bonne pâte, il file droit. Quand il s'ennuie, il va rendre visite à son beau-frère, attardé mental placé en institution; ils se sont toujours bien entendu tous les deux, d'ailleurs c'est comme ça qu'il a séduit Gisèle. Qui le regrette bien souvent, faut dire. Elle le trouve laid son mari, et puis niais. Souvent.
Arrivent alors deux évènements qui vont changer la donne : la voisine, Ruth, une instit au bord de la crise de nerf, embarque Gisèle dans la création d'un film documentaire, pour concourir au Festival de Marseille. Juan, lui, découvre Le Baiser, de Munch : une porte pour l'univers de la peinture...
C'est un roman qu'on commence dans l'agacement, ce choix de reproduire le patois et l'accent du nord est lourd, on redoute la caricature et pour tout dire l'inintérêt : on se trompe ! Ca fonctionne vraiment très bien, on oublie tout pour se couler dans la vie de nos braves petits personnages. C'est qu'ils sont beaux, tous, avec leurs obsessions et leurs failles, leur naïveté et leur méchanceté si vite désamorcée. Cypora Petitjean-Cerf a su mettre le doigt sur l'esprit des ch'tis, cette forme de solidarité évidente, ce côté bourru et brut de fonderie, ce "je gueule d'abord" suivi de gestes infiniment tendres... Je ne sais pas bien l'exprimer, mais j'ai été touchée.
On sourit, on compatit, on traverse un joli moment, tout simple. Ce sont des gens qu'on pourrait connaître.
Ed. Stock, janvier 2009, 342 p., 19 €
L'avis de Cathulu (merci pour l'envoi !)
06:00 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (27) | Envoyer cette note | Tags : ch'nord, ch'ti, solidarité, doux dingues, beaux personnages |

