27.08.2010

Vivement l'avenir - Marie-Sabine Roger

"Il s'est mis à pleuvoir, mais sans aucun rapport."

 

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Alex est une routarde, elle ne tient pas en place. A 30 ans elle ressemble à un adolescent, on la prend souvent pour un garçon. Là elle fait un CDD dans une usine, loge chez Marlène et Bertrand. Rencontre deux paumés, qui approchent la trentaine et qui traînent les jours, désoeuvrés et sans but. Au milieu il y a Gérard, lourdement handicapé. Ca pourrait suinter le désespoir, ça flirte avec, mais il suffit d'un tout petit peu d'humanité pour faire passer bien des choses...

On ne fait peut-être pas de littérature avec des bons sentiments, mais on en fait des romans touchants, qui donnent envie de s'ouvrir aux autres et font piquer les yeux.

Malgré tous les ingrédients de la platitude absolue, Marie-Sabine Roger parvient à faire exister son histoire et ses personnages en maintenant le tout sur un fil, en équilibriste. Elle sait apporter de la fraîcheur en jouant sur les dissonances et les à-peu-près, éclairer l'infime avec du rire, montrer le bord du gouffre mais ne jamais s'y laisser tomber. Elle sait parler de la laideur avec de jolis mots.

Au final on croit à cette histoire, on se laisse couler dans son ambiance et emporter par son épilogue. Du simple, du bon.

 

Ed. du Rouergue, collection La Brune, 2010, 302 p.

06.05.2010

L'imposteur - Damon Galgut

"Quelque chose, dans un secret, demande à être dit."

 

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Damon Galgut est un écrivain d'atmopshère (déjà dans "Un docteur irréprochable"). Il met ici en scène un homme entre deux âges, Adam, qui vient de perdre son travail. Recueilli par son jeune frère, Gavin, dont il réprouve la façon de vivre, il ne sait pas quelle direction donner à sa vie. Sur un coup de tête, il s'installe dans une vieille maison du bush sud-africain que Gavin a achetée, pour y écrire mollement des poèmes. Assez vite, il y souffre de solitude et l'aboulie règne. Il a bien un voisin un peu étrange mais il a du mal à sympathiser avec lui.

C'est alors qu'il rencontre Canning. Il n'a absolument aucun souvenir de lui mais apparemment ils étaient ensemble en classe. Petit à petit, il rythme sa vie sur ses week-ends avec Canning, sans réaliser que ce dernier l'entraîne dans un chemin pas très fréquentable...

Un rythme très lent, une ambiance désolée et quelque chose qui flirte avec la lisière de l'étrange contribuent grandement à nimber ce roman d'un  pouvoir hypnotique. Il faut se méfier des conseils qu'on donne à l'adolescence pourrait être la morale finale, dans l'intervalle, on se dépayse joliment. Rien de spécialement notable en apparence mais un ensemble très cohérent qui fonctionne bien. Adam est blanc et nanti dans un pays où les inégalités raciales ne sont pas réglées, et si lui a complètement perdu de vue cet aspect pour ceux qui l'entourent il a une sacrée importance. On peut aussi jouer à être malheureux avec toute la sincérité du monde...


Ed. de l'Olivier, 2010, 299 p.

Traduit de l'anglais (Afrique du Sud) par Hélène Papot

Titre original : The Impostor

 

"Le meilleur de sa vie, son apogée, était derrière lui, même s'il ignorait quand cela s'était produit. Il avait commencé à prendre en grippe les gens plus jeunes que lui, drapés dans des vêtements, des styles, des valeurs qui lui échappaient. Il finissait par ressembler au genre d'individu qu'il avait toujours redouté de devenir : mesquin, uniquement centré sur lui-même. Il voyait poindre une vieillesse habitée de petites obsessions, à mesure que son corps lâcherait, morceau par morceau, et que son sens de la tragédie se réduirait à l'échelle de sa vie. Sa compassion se contracterait, elle aussi, à mesure qu'augmenterait son intolérance. Déjà, il sentait ses opinions se recroqueviller sur elles-mêmes, autour d'un noyau dur de désapprobation endémique."

14.03.2010

Les chaussures italiennes - Henning Mankell

"Les bruits, ici, paraissaient contraints de faire la queue avant d'être autorisés à entrer dans le silence."

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Fredrik était chirurgien orthopédique, avant. Un jour, il a commis une grave erreur. alors, il a tout plaqué, pour vivre seul sur une petite île. Douze années passent. Il ne se pardonne pas. Il a soixante-six ans. Il ne met pas à profit son existence solitaire pour réfléchir à sa vie. Une petite silhouette aggripée à un déambulateur sur la glace vient tout changer : c'est Harriett. Ils se sont autrefois aimés, et fidèle à lui-même il l'avait abandonnée sans un mot. Avec elle arrive le temps de la vraie introspection, tout autant que celui d'agir, enfin, l'espace de quelques solstices...

Un roman magnifique et vibrant, tout en retenue et pureté. Des personnages qui explosent de présence, Louise qui croit en un monde où l'on résiste ou Jansson l'hypocondriaque qui peut prédire la météo grâce à ses pouces, de l'entraide, une douceur qui est tout sauf triste, un univers douillet et précieux que l'on quitte à grand regret.

Je ne connaissais pas la plume d'Henning Mankell sous cet aspect, je suis complètement sous le charme.

 

Ed. Seuil, 2009, 341 p.

Traduit du suédois par Anna Gibson

Titre original : Italienska skor

 

Un grand merci à Cathulu !

 

Des avis contrastés : Jostein, Thierry Collet, Calepin, Ma, A propos de livres, Yv, Dominique, ...

12.02.2010

Long week-end - Joyce Maynard

maynard.jpgIl habite seul avec maman, il a 13 ans, on est en 1987. Henry est solitaire. Au collège, il est le naze. Dans la nouvelle famille de son père, il ne s'intègre pas. Avec sa mère, il vit hors de la normalité, il le sait. Elle est étrange, s'enferme chez elle, lui parle comme à un adulte. Il voit bien qu'elle est immensément triste, il aimerait pallier à ses manques. Et puis un homme s'évade de prison, leur demande leur aide, ils acceptent. Et le temps de quelques jours, tout va se bousculer pour Henry : une autre vie est possible, il en entrevoit la possibilité pour la première fois, il est partagé entre vivre pour lui (mais il n'a jamais su) et revendiquer sa place exclusive dans la vie de sa mère. Ce sont parfois les autres qui décident pour vous...

Un roman fort prenant qui sait se faire aimer, qui tisse avec son lecteur des liens affectifs. Il ne brille pas par son originalité ni par une écriture impressionnante, mais il s'insinue avec grâce. On y croit, on a l'impression d'embraser toute la complexité de l'adolescence, on s'attache, on ressent.

Ed. Philippe Rey, 2010, 283 p.

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Françoise Adelstain

 

Merci Cathulu !

 

Lu également par : Cathulu, le Livraire, Ma Tasse de Thé, ...

21.07.2009

Les Mots des Autres - Clare Morrall

morrall.jpgMa lecture de "Couleurs" date de quelques années, et le souvenir qu'il m'en reste est plutôt mitigé, je n'avais pas adhéré au décalage de son héroïne. Avec "Les Mots des Autres", Clare Morrall emporte toute mon adhésion !

C'est l'histoire de Jess, à la quarantaine. Elle s'est concoctée une petite vie tranquille, remplie selon ses critères. Et au hasard des chapitres, on revient sur son enfance et sur les évènements marquants qui l'ont emmenée jusqu'à cet équilibre qu'elle semble avoir atteint.

Dis comme ça, évidemment, c'est d'un vague absolu. Mais c'est que je crois qu'entrer dans les détails ne rend pas service au roman, dans le sens où ils sont nombreux et tous importants. Cela ne donnerait qu'une accumulation de choses qui, exprimées par une plume maladroite (la mienne) feraient vous dire oh bof, ça a l'air chiant.

Or, ça ne l'est pas, mais alors pas du tout. C'est une ambiance ouatée, feutrée, et on sent tout du long que la narratrice interprète selon des critères qui ne sont pas communs : la "révélation" finale est décelée très tôt par le lecteur, et participe à ce léger décalage que l'on constate mais que l'on aime, et ça change tout.

On est loin de Lisbeth Salander, mais on est dans cet ordre-là. Et on se passionne pour Jess, son fils Joël, sa grande amie Mary, le cousin Philip ce monstre (même charmant une fois adulte, je le déteste !), la superbe demeure familiale et sa décrépitude, et la musique, que l'on ressent dans la moindre de nos fibres de lecteur absolument séduit.

Comment vit-on quand le monde vous reste étranger en permanence ? Les bons petits soldats ont à un moment droit au repos, et on savoure avec l'héroïne sa jouissance du silence final.

Je suis tombée en amour avec Jessica.

 

Ed. Fayard, 2009, 405 p.

Traduit de l'anglais par Françoise du Sorbier

 

Merci Cathulu !

 

Lu également par Clarabel, Lily,

28.08.2008

Eugène Durif - Laisse les hommes pleurer

Ce sera aujourd'hui, ce sera ce soir



Léonard est en pleine dépression. Un jour, soudainement et après des années de carrière, son métier de gardien de prison est devenu impossible à continuer, le sens s'est étiolé, il a vu un médecin, il se soigne. Il aimerait bien arrêter tous ces cachets qui l'engourdissent, maintenant. Il a des projets avec Hélène, même si leur couple est improbable, est-il l'addition de deux solitudes, ou une vraie tendresse leur permettra-t-elle d'avancer ensemble ? A la recherche de réponses, Léonard revisite son passé. Placé tout jeune dans une exploitation agricole ("exploitation" est le bon terme) il y avait rencontré Sammy, un Réunionnais de dix ans avec lequel il avait découvert les premiers contacts amicaux. Le retrouver, se rendre en Creuse pour revoir les lieux de leur enfance, débloquera-t-il quelque chose ?...

C'est un roman d'une tristesse insondable, qui fait mal par la justesse de ses propos. A un moment le psychiatre dit à propos de Sammy :  "Il y a des fêlures en lui et vous n'y pourrez jamais rien, même avec la meilleure volonté du monde, il faut que vous en soyez conscient." Et conscient, Léonard l'est. Il aimerait justement pouvoir lâcher du lest simplement, être parfois flottant sans ressentir autant les choses. C'est un personnage digne, qui a vraiment essayé, qui a vécu comme il le pouvait avec ce qui lui était donné au départ. Et de voir les choses, les gens et les sentiments lui devenir peu à peu étrangers l'effraye. Il explique posément, nous invite à partager sa détresse et on aimerait pouvoir l'en soulager un peu.

Un roman d'une profonde humanité (4° de couv) à ne pas lire en cas de blues.

Ed. Actes Sud, Août 2008, 139 p., 16 €

 

L'avis de Laure.

10.12.2007

All the lonely people... Where do they all come from?

2--coupland.gifDouglas Coupland - Eleanor Rigby


Elle est grosse, elle a trente-six ans, elle bosse puis elle rentre chez elle et quand la solitude lui monte trop à la gorge, elle prend sa voiture et poursuit les mauvais conducteurs en les invectivant de tous ses poumons, ça la calme, ou elle prend sa dose de monde dans les centres commerciaux. Ce n'est pas qu'elle soit hideuse, ni même franchement repoussante, non, Liz Dunn est invisible, on ne la regarde pas, on ne fait pas attention à elle. Du moins, au début du roman. Parce qu'un coup de fil, venant de la part d'un parfait inconnu à l'hôpital, mais qui possède son nom et son numéro de téléphone inscrits sur un bracelet, va tout changer. Pour un temps, tout au moins...

Douglas Coupland signe là un de ses meilleurs romans, beaucoup moins déjanté que les précédents, sans avoir perdu pour autant son ironie mordante et sans abandonner complètement non plus ses péripéties saugrenues, qui font tout son charme.
Une construction non linéaire nous attache de plus en plus au fil des pages à cette Lizz qui suinte l'angoisse et la solitude, sans jamais jouer dans le registre du triste (même si on est ému).
Ca bouge, ça remue, c'est rock, c'est canadien et c'est vachement bien.


Ed. Au Diable Vauvert, Septembre 2007, 299 p. 19 €
Trad. (Canada) Christophe Grosdider