15.09.2010
Les sortilèges du Cap Cod - Richard Russo

C'est l'histoire d'un gars, la cinquantaine descendante, qui n'est plus d'aplomb. Le temps de deux mariages (sa fille et une de ses amies), à une année de distance, il remet toute sa vie en question. Son couple, sa belle-famille, son enfance, ses propres parents, ses boulots...
C'est un roman lent et tranquille (un peu désenchanté) qui s'insinue doucement dans l'esprit et le coeur du lecteur, pour laisser durablement sa marque. On chemine à petits pas sur les sentiers de l'hérédité, la transmission, les relations entre les gens, on met un peu de temps à réellement entrer en empathie avec Griffin (qui est tout de même plutôt mou) mais finalement tout se met en place. Empli de petites choses, de dialogues surprenants, incisifs, de morceaux de vie, le roman parvient à nous mettre gentiment en miettes, malgré l'humour toujours prégnant.
On le termine en mode tendresse nostalgique, il m'a beaucoup fait penser au film avec Emma Thompson et Dustin Hoffman, "Last Chance for Love", pour son ambiance.
Il est de la race de ceux qu'on voudrait ne pas voir finir, pour avoir rendez-vous encore une fois avec notre pote Griffin.
L'Olde Cape Lounge affiche une pancarte où est inscrit en lettres gothiques le message suivant :
Ven ezpas seru neheur
efesti vedan slajoi eet labon
nehu meurque l'amit iéso
oitrei nesoy ezju steet bo nettai
sez tout ema uvai sepa role.
Saurez-vous le déchiffrer ?...
Ed. Quai Voltaire, 2010, 315 p.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Céline Leroy
Titre original : That Old Cape Magic
06:00 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note | Tags : transmission, souvenirs, couple, se mettre d'aplomb |
11.03.2010
La traversée des jours - François Bott
"Salut jeune homme, salut champion, salut quand même."
Souvenirs de la République des Lettres (1958-2008)

François Bott a été partie prenante de la vie littéraire française pendant de nombreuses années. Il les parcourt pour nous dans ces pages, en ne laissant aucun doute sur ses inimitiés (il peut être très vif !) ou ses nombreuses sympathies et/ou admirations (de très jolis portraits).
C'est forcément avec la fraternité des amoureux des livres qu'on lit ce document, et on s'amuse beaucoup. Ainsi, dans la période France Soir (où il a débuté), pour évoquer le ton journalistique en vogue à l'époque (années 60) il dit : "Nous vivions dans une sorte de thriller. [...] D'ailleurs, tout le monde racontait l'histoire de ce reporter que l'on avait envoyé au domicile de Gide, après la mort de celui-ci, et qui avait téléphoné : "Rien à signaler, chef. Mort naturelle."" Un autre sourire également avec l'histoire de cette consoeur au desk (où l'on rewritait les articles) qui avait l'habitude de boire une bouteille de Champagne chaque soir; à la mort de Cocteau, elle vida deux bouteilles de Veuve Cliquot. "Vers 3 heures du matin, le rédacteur en chef dut arracher à Sinclair la copie sur Cocteau. Sinon, je journal serait tombé en retard. Quand celui-ci sortit, "le petit homme" trépigna comme jamais. Il piqua une colère historique. Sous l'effet de la Veuve Cliquot, la bonne dame avait même rewrité le poème de Cocteau."
Puis c'est L'express, où le poste qu'il occupe lui attire moult compliments et flatteries du "milieu", où il se découvre soudain beaucoup d'"amis" parmi les éditeurs, les écrivains et les attachées de presse. Il n'est pas dupe, mais... "La vanité nous rend désespérement crédules."
Un court passage au Magazine Littéraire qui se crée, et ce sont les années Le Monde, qui débutent par :
"- Allo, c'est Claude Sarraute.
- Bonjour, c'est François Bott.
- Passez-moi quelqu'un."
Ce n'est pas rien de se découvrir personne :)
Et puis tout au long du livre, d'autres anecdotes, Sartre encore et toujours, Jacqueline Piater, Cioran, Nucera, Jacques Laurent, Sagan, Ben Jelloun, j'en passe vraiment beaucoup dont j'ai aimé partager quelques petits moments de vie sous la plume de François Bott.
Je ne partage pas ses goûts littéraires, aussi n'ai-je pas alourdi mes listes, mais j'ai vraiment apprécié le voyage au pays des livres en France pendant presque 50 ans. Tout a changé, et pourtant rien ne change... Quelques très jolies citations, également, un livre plutôt nostalgique mais plein d'énergie.
Ed. Le Cherche Midi, Collection Documents, 2010, 166 p.
16:37 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : amour des livres, de la littérature, des écrivains, souvenirs, quelques sympathiques tacles au passage, et de très beaux portraits |
08.01.2010
Mon couronnement - Véronique Bizot
"Mais je n'ai pas besoin qu'on m'aime, j'ai seulement besoin de croiser des gens aimables"

Autrefois scientifique sans renom, Gilbert Kaplan est aujourd'hui un vieillard. Il voit son salon envahi par une foule de gens venus le féliciter pour une observation qu'il a jadis rédigé et qui trouve aujourd'hui son application. Une cérémonie de couronnement est même planifiée. D'abord peu intéressé, c'est la quotidienneté de sa vie étriquée qu'il déroule pour le lecteur, ponctuée de souvenirs, au petit bonheur la chance. Il trompe sa solitude avec Maud Ambrunaz, qui tient (mal) l'appartement, c'est sa femme de ménage. Pour éviter la visite de sa soeur Alice, ils partent quelques jours au Touquet avant le couronnement...
Comment ne pas se laisser séduire par ce charmant vieux monsieur, qui n'a absolument pas en tête de faire notre conquête. Il n'a pas grand chose de construit en tête, à vrai dire, se laissant couler dans la monotonie des jours et gentiment diriger par Madame Ambrunaz, évoquant avec regret, amusement ou simple constatation le monde qui semble s'être écarté de lui "arrivé à un certain âge, tout semble manquer de netteté". Il revoit son frère le grand écrivain, pense à celle de ses soeurs qu'il aimait tendrement et dont il est sans nouvelles depuis 40 ans, se laisse offrir un costume par son fils avant de le laisser simplement dans la rue.
Et puis, contraint, il accepte donc de passer quelques jours au Touquet, avec son exemplaire de Typhon, qui accompagne de tous temps ses insomnies hôtelières. Et là, quelque chose se débloque. Mais Véronique Bizot tenait décidément à nous taquiner le coeur...
Un roman écrit au cordeau qui enchante par la légèreté de sa plume. Ravissant. Et ce qui y est dit sur le charme et la désespérance des bords de mer hors saison y est fort juste, et très ironique.
C'est le premier roman de Véronique Bizot mais elle a déjà publié deux recueils de nouvelles, Les Sangliers et Les Jardiniers.
Ed. Actes Sud, janvier 2010, 108 p.
06:00 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : premier roman, vieillesse, souvenirs, le touquet |

