22.08.2009

Ce que je sais de Vera Candida - Véronique Ovaldé

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Elles sont quatre, de Rose Bustamente (la plus jolie fille de Vatapuna) à Monica Rose (son arrière-petite-fille) et c'est l'histoire de cette lignée uniquement féminine qui nous est racontée. Tout commence dans une petite île imaginaire d'Amérique du Sud, dans un temps indéfini qu'on croirait volontiers hors du temps, pour se terminer dans une ville contemporaine avec des faits très concrets. Comme si on se réveillait tout doucement d'un conte, comme si aussi la réalité ternissait tout. L'une d'entre elle quittera l'île, pour rompre la fatalité. C'est en tout cas ce qu'elles croient...

J'avais aimé Déloger l'animal, bien aimé Et mon coeur transparent, j'ai adoré Ce que je sais de Vera Candida.

En lisant la prose de Véronique Ovaldé, j'ai été submergée par sa beauté, tout entière au service de son imaginaire extraordinaire. Je ne connais pas d'autre plume contemporaine française capable d'une telle chose. Il y a un refus total de la lourdeur, une mise en légèreté qui ne cède jamais rien au futile.

Par exemple, quand Rose Bustamente demande à Jeronimo ce qu'il pense des enfants, il lui répond par une histoire. Le fond de cette histoire, plombant s'il en est, est la cause de tous les malheurs de cette lignée de femme. A cause de, donc. Plus tard, ce sera pourtant grâce à la même chose, au fond (le nazisme) que Vera Candida trouvera refuge auprès de Gudrun Kaufman. C'est là, c'est écrit dans l'histoire mais ça ne fait pas partie de la narration apparente. Tout le roman propose comme ça des pistes d'interprétation, que le lecteur saisit ou pas, selon sa propre lecture. Et aucune n'est plus juste qu'une autre. C'est ça, pour moi, la légèreté.

J'ai aimé follement chaque phrase, chaque mot de ce roman. Il a une odeur, une couleur, un humour discret ("Mais un jour ce qui devait arriver arriva : un petit garçon de Vatapuna attendait Rose au retour de sa pêche. Il était assis sur la plage, il la regardait venir du large à l'abri sous son chapeau de paille verte. (Cette paille n'est pas encore mûre et elle mûrit sur la caboche. Le chapeau change insensiblement de couleur jusqu'à devenir marron, c'est un plaisir pour les yeux et une surprise quotidienne, un couvre-chef comme ça; la paille dore puis brunit et, pour que le processus s'arrête, il faut la baigner chaque jour dans de l'eau citronnée. Comme les enfants portent souvent ce genre de chapeau à Vatapuna, ils  dégagent tous une délicate odeur de citronnade. Mais trêve de couleur locale."), un univers entier qui s'offre comme un cadeau enchanté au lecteur. Les personnages sont apparus immédiatement devant mes yeux, c'est presque une expérience dimensionnelle, un livre magique qui en s'ouvrant projette autour de lui son contenu. Je les vois tous, ils sont un peu fatigués, farouches, inadaptés. Je les aime.

Bien sûr certains d'entre vous ne seront pas d'accord avec moi, ne partageront pas mon émerveillement ou mon extrême sensibilité au style de Véronique Ovaldé, et ce sera juste et normal. Mais soyez gentils, laissez m'en dans l'ignorance.

Je suis en état de grâce...

 

Ed. de l'Olivier, août 2009, 293 p.

 

"L'arithmétique

Pendant des années, quand Monica Rose s'assoirait sur le canapé entre Vera Candida et Itxaga, elle se serrerait contre eux, bougerait son minicul comme si elle se faisait un nid, les prendrait par le bras et dirait, On est bien tous les deux.

La première fois, Vera Candida rectifierait, On n'est pas deux, on est trois.

Et Monica Rose répondrait, On est bien quand même."

 

Lu et chéri également par Marie. Une chouette interview sur Bibliosurf.