24.05.2010

L'héritage Boleyn - Philippa Gregory

La mini-série BBC suivait au plus près le destin de chacune des 6 épouses d'Henri VIII, Philippa Gregory dans ce roman s'attache aux quatrième et cinquième d'entre elles, et nous plonge à bras le corps dans un XVI° siècle tonitruant.

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Elles sont trois à se passer la parole en une succession de brefs chapitres, Catherine Howard, Anne de Clèves et Jane Boleyn.

Cette dernière a été partie prenante de l'époque Anne Boleyn. Jane Boleyn était l'épouse de George, le frère de la Reine, et pendant un long moment je ne la reconnaissais vraiment pas dans ses propos. Mais c'était sans compter sans le talent de Philippa Gregory qui fait monter en puissance sa folie, et nous propose au début la version fantasmée de la réalité, ce que Jane se raconte pour se justifier, et qui ne correspond vraiment pas à la réalité. Cette femme n'a rien à envier à Henri VIII dans l'instabilité mentale, et sa cruauté et son absence totale d'empathie feront trembler le lecteur !

Anne de Clèves apparaît selon une progression inverse, plus on la connaît et plus on la respecte, elle avait l'étoffe d'une vraie Reine et était très intelligente. Elle fut la seule épouse épargnée, la seule à ne pas être condamnée à mort.

"Ce jour béni est le plus beau de ma vie car je suis tombée amoureuse. Mon amour ne ressemble point à l'éphémère passion d'une jeune écervelée pour un damoiseau aux belles paroles. Il est indéfectible : je suis follement éprise de l'Angleterre."

Catherine Howard, enfin, est dans ce roman un personnage magnifique, dans le sens où elle apporte énormément d'humour. Totalement évaporée, superficielle et stupide, sa beauté à couper le souffle et sa candeur, son enthousiasme des plus enfantins (on la suit de 11 à 17 ans) mêlé à sa science infuse pour tout ce qui concerne la séduction la rendent immensément attachante pour quiconque la côtoie, y compris le lecteur. Elle ne comprend rien à rien, passe son temps à compter ses possessions et sa condamnation à mort est déchirante, pauvre petite brebis confiante qui ne réalise qu'au tout dernier moment.

Philippa Gregory est historienne, les faits sont ici respectés à la lettre. Elle a su également, avec un art consommé, étoffer le peu que les documents offraient quant aux personnalités des unes et des autres, et si extrapolation il y a, c'est à leur décharge. Ce roman me réconcilie complètement avec le genre Historique. Il est prenant, palpitant, pas mièvre pour deux sous, il rend la politique anglicane limpide et dessine en creux un portrait saisissant du monarque. On ressent la panique latente, cet état où n'importe qui ferait n'importe quoi pourvu que ça puisse lui profiter, pourvu que ça puisse juste prolonger sa vie. Ter-ri-fiant.

Excellent, tout bonnement.


Ed. L'Archipel, 2010, 448 p.

Traduit de l'anglais par Céline Veron Voetelink

Titre original : The Boleyn Inheritance

 

Lu également par : Stéphie (Merci !), Soukee, Craklou, ...

25.04.2010

Love Letters - A.R. Gurney

Il y aura décidément un avant et un après Leo dans ma vie; c'est en discutant de ce roman avec Amanda qu'elle m'a proposé de lire LE texte ultime sur la relation amoureuse épistolaire à ses yeux, Love Letters de A.R. Gurney.

J'ignore tout des droits en ce qui concerne le théâtre, et me résigne hélas à ne pas publier d'extraits, mais je n'avais pas ressenti un tel coup de coeur pour un texte depuis très longtemps.

Nous sommes dans les années 1930, Andrew et Melissa sont enfants et se côtoient. La toute première lettre qu'adresse Andy est à la mère de Melissa, pour accepter une invitation à un goûter d'anniversaire. Leur correspondance durera plus de quarante ans, avec des relâchements et des périodes frénétiques.

Car toute la différence est là, ils se connaissent physiquement dans la vie, ont grandi ensemble, sont à l'opposé l'un de l'autre, mais ne retrouvent pas - tout au moins au moment où cela pourrait changer le cours des choses - la personne qu'ils lisent dans la personne réelle.

Melissa est riche, malheureuse, négligée par sa famille. Elle est cinglante, brillante, provocante, scandaleuse. Andy est un bon garçon entouré par sa famille, qui s'occupe ensuite bien de celle qu'il crée. Le sens du devoir est sans doute ce qui le caractérise. Mais ils s'aiment, depuis le premier jour, en dépit de tout. Ils se le disent, se le prouvent, le vivent, mais jamais au bon moment. Comme si de toute éternité leurs chemins n'étaient pas destinés à se croiser. Ils s'abîment, chacun différemment. Et ils s'écrivent...

C'est un texte extraordinaire qui condense en 54 pages une infinité de nuances. L'auteur donne d'ailleurs des indications extrêmement précises sur la façon de le jouer, dans une sobriété totale. Deux acteurs, ne se connaissant pas ou peu, qui n'ont surtout pas appris le texte par coeur, et qui ne le jouent pas, qui le lisent, sans effets, sans cris, sans pleurs, sans se regarder (sauf pour la dernière lettre) et en étant attentifs à la lecture de l'autre, comme s'ils écoutaient une émission de radio au loin.

Ce sont deux personnes fatiguées et cabossées arrivées sur le versant final de la vie, qui relisent ces petits morceaux de lettres, sans date, sans formules de politesse, qui ont constitué leur conversation au fil des années, entre les coups de fil et les rencontres.

Et le lecteur - le spectateur sûrement aussi bien sûr - reçoit tout en plein coeur : la joie, l'amusement, l'attraction animale, l'amour dévorant et insatiable, la frustration, la douleur, la jalousie, la colère, la peine (terribles dernières lettres !). C'est magnifique. Andy dit à un moment des choses si belles sur le fait d'écrire une lettre, c'est à recopier en lettres d'or et à encadrer.

"Trust what I wrote" indique en final l'auteur aux futurs acteurs. Je confirme :)

Texte original disponible à la vente en VO, en carnet à spirale, Dramatists Play Services Inc. (Pulitzer Price for Drama). Pièce montée pour la première fois en 1989, à New York. Traduit en plus de 30 langues, jouée dans le monde entier, par des énormes pointures comme par des amateurs, et devenue un classique du théâtre contemporain américain.

 

S'il existe un DVD zone 2, ou si la pièce se monte en France, s'il vous plaît, dites-le moi !

 

Un énorme merci, Amanda.