21.09.2010

L'école de la peur - Gitty Daneshvari

daneshvari.jpgBien cachée derrière une forêt magique et sur un pic rocheux existe aux États-Unis une école de la peur. On évoque son nom entre nos murs, télévision allumée, robinets ouverts et sous les aboiements du chien. Elle s'occupe de toutes les phobies qui gâchent la vie aux enfants, et il faut suivre un protocole très précis pour y accéder.

Cet été-là, ils sont quatre, autour de 12 ans, à vivre l'aventure. Madeleine vit dans un nuage d'insectiside, Lou ne supporte pas les espaces fermés, Théo craint pour la vie des ses proches et Garrison tremble devant un lac.

Ils arrivent contraints et forcés par leur famille, ne croient pas un instant que cette "école" puisse calmer leurs angoisses. Il faut dire que les premiers jours ne vont pas les rassurer, la directrice est complètement barrée et voit la vie comme un immense concours de beauté...

Un roman à lire dès 9 ans qui fait la part belle à la fantaisie. Pour le réalisme, on repassera, mais pour dédramatiser les peurs il est fortiche, le tout sur un rythme échevelé très agréable. Les chapitres sont rythmés par le nom de tout un tas de phobies, qu'on croirait inventés tant ils sont étonnants, mais pas du tout. J'en ai appris des tonnes, comme le formidable "hippopotomonstrosesquippedaliophobie".

 

Ed. Plon Jeunesse, 2010, 315 p.

Traduit de l'anglais par Myriam Borel

 

12.09.2010

Onze rêves de suie – Manuela Draeger

 

draeger.jpgJe n’ai jamais été très attirée par le flou et les sens cachés, par le travail de décryptage ou les romans qui demandent un effort au lecteur; je ne savais pas, en lisant ce roman, ce que voulait dire « Manuela Draeger  appartient à une communauté d’auteurs imaginaires », ni en quoi la parution simultanée d’ »Ecrivains » par Antoine Volodine au Seuil et « Les aigles puent » par Lutz Bassmann chez Verdier méritait d’être signalée aux lecteurs de « Onze rêves de suie ». Par la suite j'en ai lu l'explication, dans un petit fascicule intitulé : "1 auteur, 3 noms, 3 livres, 3 éditeurs, 1 rentrée", et si je comprends mieux la démarche d'Antoine Volodine, je me sens toujours extérieure à ce courant "post-exotisme anarco-fantastique".*

Par contre, j’ai aimé beaucoup de choses dans ce roman, à commencer par l’éléphante Marta Eshkarot qui est un personnage épatant, capable de déclarer en pleine réunion qu’elle vient de se torcher (littéralement) avec l’ordre du jour (et de juste se dire « Ben j’ai peut-être commis une erreur d’évaluation, ça va être dur de rattraper le coup »). Passées les premières pages, qui sont répétitives et lancinantes, on emprunte divers genres et divers chemins qui fonctionnent très bien, grâce à une écriture particulière qui m’a plu :

« Marta Ashkarot donna un dernier coup d’épaule contre le mur obscur. Les briques se descellèrent, d’abord quelques-unes, comme si le mur acceptait sa blessure à regret, puis, brusquement, tout s’effondra. «

Le tout raconte une bande d’orphelins dans un pays soviétique aux prises avec ses pires heures . Suffisamment étrange et marquant pour le déguster du premier au dernier mot, malgré mes réserves initiales, et plusieurs tâtonnements dans l’incompréhension.

« - Tu crois qu’on s’est perdus ? ai-je fini par demander.

- Crois à rien, je t’ai dit, a répondu Rita Mirvrakis. »

 

Ed. de l’Olivier, 2010, 197 p.

* En très très gros, il "mène à bien une fiction polyphonique, poursuit un travail romanesque qui passe par l'affirmation de plusieurs voix d'auteurs, hommes et femmes" (J'ai bien aimé son "mon propos n'est pas de mettre en scène des troubles de la personnalité pour en faire un objet littéraire"); il écrit, mais signe de la voix qui s'est imposée et a fédéré l'ensemble du roman.