27.01.2007

Irina veille au grain

Cyrille PutmanBilan provisoire

Calmann-Levy, 2007

 

Pavlov Postovoï vivait tranquillement son petit train-train de chouchou à Sperigie. Des trois fils, il était le seul dont il n’était pas exclu qu’on puisse « tirer quelque chose ». Le 26 Avril 1986, tout bascule : Vitalyï, le père, était pompier à la centrale de Tchernobyl. Exit Vitalyï. Anastasia, la mère, embarque son petit monde à Moscou. Le temps suit son cours, rythmé par l’épée de Damoclès des effets radioactifs, plus ou moins longs à se déclarer. Pavlov n’en poursuit pas moins son parcours, jusqu’à devenir une star mondiale de la photographie. Tout va vite, ça marche très fort, mais Pavlov passe par de terribles crises de doutes. Et la vie n’est jamais ni juste, ni tendre…

Cyrille Putman connait sur le bout des doigts les arcanes du monde artistique. Par sa plume, on s’initie à cet univers aux dents longues, les galeries, la réputation, la côte irraisonnée, le statut de célébrité, la versatilité des engouements, la descente aux enfers, et tous les codes de l’intelligentsia et autres pantins qui gravitent autour de l’odeur du succès. Il n’en oublie pas pour autant de nous éclairer – un peu rapidement - sur l’Art lui-même.
Mais son passage dans la publicité lui a laissé aussi un sens certain de la formule. Ses phrases sont courtes, son rythme haché et trépidant. Les clichés n’ont pas le droit de cité et on note souvent au passage l’inventivité de ses expressions ; mais on n’a pas le temps de s’y attarder, l’intrigue s’est imposée, et on vit scotché aux évènements qui s’enchaînent, dès les premières lignes, sur les chapeaux de roue.

C’est un roman assez exigeant, dans le sens où il ne nous propose pas de pause ; il n’y a jamais de bon endroit pour s’arrêter, on voudrait pouvoir le lire d’une traite, mais on a besoin dans le même temps de respirer entre les pages, d’assimiler ce foisonnement.
On a l’impression que l’auteur quadrille à partir de son axe à lui, absolument tout ce qui apparait dans son champ de vision mental, en rafale, grand angle.

Et ça donne un univers tout à fait personnel, plutôt tourmenté, auquel j’ai pleinement adhéré.

 

303 p.