25.04.2010

Love Letters - A.R. Gurney

Il y aura décidément un avant et un après Leo dans ma vie; c'est en discutant de ce roman avec Amanda qu'elle m'a proposé de lire LE texte ultime sur la relation amoureuse épistolaire à ses yeux, Love Letters de A.R. Gurney.

J'ignore tout des droits en ce qui concerne le théâtre, et me résigne hélas à ne pas publier d'extraits, mais je n'avais pas ressenti un tel coup de coeur pour un texte depuis très longtemps.

Nous sommes dans les années 1930, Andrew et Melissa sont enfants et se côtoient. La toute première lettre qu'adresse Andy est à la mère de Melissa, pour accepter une invitation à un goûter d'anniversaire. Leur correspondance durera plus de quarante ans, avec des relâchements et des périodes frénétiques.

Car toute la différence est là, ils se connaissent physiquement dans la vie, ont grandi ensemble, sont à l'opposé l'un de l'autre, mais ne retrouvent pas - tout au moins au moment où cela pourrait changer le cours des choses - la personne qu'ils lisent dans la personne réelle.

Melissa est riche, malheureuse, négligée par sa famille. Elle est cinglante, brillante, provocante, scandaleuse. Andy est un bon garçon entouré par sa famille, qui s'occupe ensuite bien de celle qu'il crée. Le sens du devoir est sans doute ce qui le caractérise. Mais ils s'aiment, depuis le premier jour, en dépit de tout. Ils se le disent, se le prouvent, le vivent, mais jamais au bon moment. Comme si de toute éternité leurs chemins n'étaient pas destinés à se croiser. Ils s'abîment, chacun différemment. Et ils s'écrivent...

C'est un texte extraordinaire qui condense en 54 pages une infinité de nuances. L'auteur donne d'ailleurs des indications extrêmement précises sur la façon de le jouer, dans une sobriété totale. Deux acteurs, ne se connaissant pas ou peu, qui n'ont surtout pas appris le texte par coeur, et qui ne le jouent pas, qui le lisent, sans effets, sans cris, sans pleurs, sans se regarder (sauf pour la dernière lettre) et en étant attentifs à la lecture de l'autre, comme s'ils écoutaient une émission de radio au loin.

Ce sont deux personnes fatiguées et cabossées arrivées sur le versant final de la vie, qui relisent ces petits morceaux de lettres, sans date, sans formules de politesse, qui ont constitué leur conversation au fil des années, entre les coups de fil et les rencontres.

Et le lecteur - le spectateur sûrement aussi bien sûr - reçoit tout en plein coeur : la joie, l'amusement, l'attraction animale, l'amour dévorant et insatiable, la frustration, la douleur, la jalousie, la colère, la peine (terribles dernières lettres !). C'est magnifique. Andy dit à un moment des choses si belles sur le fait d'écrire une lettre, c'est à recopier en lettres d'or et à encadrer.

"Trust what I wrote" indique en final l'auteur aux futurs acteurs. Je confirme :)

Texte original disponible à la vente en VO, en carnet à spirale, Dramatists Play Services Inc. (Pulitzer Price for Drama). Pièce montée pour la première fois en 1989, à New York. Traduit en plus de 30 langues, jouée dans le monde entier, par des énormes pointures comme par des amateurs, et devenue un classique du théâtre contemporain américain.

 

S'il existe un DVD zone 2, ou si la pièce se monte en France, s'il vous plaît, dites-le moi !

 

Un énorme merci, Amanda.

30.07.2008

C'est sûr, c'est sûr, c'est sûr !

Wajdi Mouawad - Incendies

Amanda l'avait dit en Février, s'il ne fallait lire qu'une seule pièce de théâtre, ce serait "Incendies" de Wajdi Mouawad : ça, c'est fait ! Et je confirme, j'applaudis des deux mains, debout, pendant 20 minutes, comme Laure (alors imaginez ce que ce sera quand j'aurai vraiment vu la pièce !... :))

Tout commence dans le bureau d'Hermile Lebel, notaire. Une vieille femme est morte, et il doit procéder à la lecture de son testament. Les enfants, Jeanne et Simon, jumeaux, se voient chacun confier une mission : retrouver leur père pour l'une, leur frère pour l'autre, et leur remettre à chacun une enveloppe. Coup de massue pour les deux jeunes adultes. Quid  de ce frère tombé du ciel ? Leur père n'est donc pas mort en donnant sa vie pour son pays, comme elle le leur avait dit ? Après un temps de refus bien compréhensible, la mission sera menée, et ce qui en résultera ébranlera complètement les fondations de leur existence...

C'est un texte très complet qui fait passer le lecteur par toutes les émotions; il joue avec l'humour, la poésie, l'horreur, la tendresse, la crainte. On est happé dès les tous premiers mots, c'est très rythmé, on visualise tout et tout le monde, et l'histoire, que dire, l'histoire est aussi magnifique qu'elle est terrible.

Une vraie merveille, à découvrir sans faute !


Ed. Léméac / Actes Sud-papiers, 2003 92 p. 11 €

Merci à Amanda qui l'a prêté à Laure que j'ai eu la chance de voir avant le renvoi final : tout un trafic de livres, par chez nous !! :)

Une très intéressante interview de Wajdi Mouawad sur Fluctua.net

13.05.2006

Le théâtre de Michel Tremblay

C't'à ton tour, laura Cadieux

Bibliothèque Québécoise, 2002

 

Il y a d'abord une préface de Manon Gauthier, comédienne, qui pour avoir interprété sur scène Laura Cadieux sait nous en parler merveilleusement bien. Alors comme je ne veux pas la plagier, je résume succinctement : Laura Cadieux nous parle, nous raconte sa vie, ses copines, ses petits soucis, ses grands bonheurs, ses crises de rire. Elle est grosse et en souffre, et tous les semaines depuis 10 ans elle va chez le médecin pour soigner sa rétention d'eau. Là-bas elle retrouve ses consœurs, et elles passent le temps ensemble en papotant.

Ah si vous saviez ! Comme c'est truculent, drôle, triste aussi, émouvant.... Comme c'est la vie, tout simplement. Quant au joual, loin de constituer un obstacle pour la française que je suis, il ajoute au charme de ce si sympathique personnage. A part quelques détails typiquement québécois (comme Cherry Blossom, mais vous voyez ce sont vraiment des trucs très précis), qu’on ne connait pas en France, c'est tellement imagé, forcément on comprend. J'ai beaucoup gloussé en lisant ça, beaucoup lu à haute voix aussi comme on nous le recommande, en tentant (pathétique !) de prendre l'accent ....

Tiens une phrase comme :"Les ciboires, de tabarnacs, d'hosties de saint-chrèmes, de chiennes sales de pisseuses, m'as toutes les tuer, calvaire ! Toute la maudite gang de trous de cuses !" Bon ben même si ce ne sont pas des mots que je connais, je comprends très bien que ce sont des insultes…

Dans la même page, soudain, un truc qui vous tue, l'émotion à l'état brut :

"Non, reste, moman. J'pas capable de parler, là, mais j'vas te parler, tantôt. Tantôt, j'vas être capable... Reste. J'ai besoin de toé.
On est restés une bonne demi-heure, pis Madeleine s'est endormie. A l'avais trop pleuré, j'pense. Chus sortie sur le bout des pieds. J'avais le cœur tout croche. Ca l'a été le plus beau moment de ma vie. Ah, oui."

Enfin, bref, j'ai aimé, beaucoup aimé, je rêverais de le voir sur scène maintenant....

149 p.

 

 

Les belles-Soeurs

Leméac, 1993


Germaine Lauzon a gagné 1 million de timbres promotionnels, et les livrets pour les y coller. Elle projette d’acquérir grâce à eux un tas de mobilier dans le catalogue joint. Elle est très contente, Germaine. Elle compte faire d'une pierre 2 coups en conviant ses voisines, sœurs, belles-sœurs etc. à venir l'aider à coller les timbres dans sa cuisine, tout en parlant de tout et de rien autour d'une liqueur. Mais voilà toute la nature humaine qui se révèle au cours de cette soirée !....

Truculent !! Non mais sérieusement, je me serais crue dans le milieu de mon enfance. Imaginez un clan de polonais implantés dans le Pas-de-Calais, même époque, fin des années 60. Les hommes sont à la mine, les femmes se reçoivent les unes les autres sous divers prétextes et c'est la même chose ! Remplacez le joual par le patois du Nord... Impayable ! Cruel ! Abject ! Adorable ! Pitoyable ! Tout y est.

En plus cette édition comprend des photos des actrices ayant interprété les rôles, une introduction d'Alain Pontaut (que j'ai trouvée très pompeuse !) et à la fin diverses critiques parues ça et là dans la presse....

Un régal je vous dis.

Même et surtout si ce qui  vous en reste en le refermant c'est un rictus désabusé....

150 p.