05.07.2011

C'était un tel bonheur de bénéficier de la tendre approbation d'une femme aussi farouchement intelligente

verdon.jpgDavid Gurney est un drôle de gars. Récemment retraité du NYPD, il s'est installé à la campagne pour faire plaisir à sa femme, une deuxième épouse. Lui, son truc, c'est gamberger. Livré à lui-même, il a toujours passé plus de temps dans l'examen de l'action, quelle qu'elle soit, que dans l'action elle-même, plus de temps dans sa tête que dans le monde extérieur. Ce qui n'avait jamais posé de problème s'agissant de son travail; au contraire, c'est sans doute précisément ce qui avait fait de lui un si bon (et si célèbre) flic. Mais sorti de là, il n'est certes pas quelqu'un d'agréable à fréquenter. Il n'a pas réglé grand chose de ses conflits intimes (son couple a vécu le pire drame qui puisse se concevoir et il refuse de l'affronter) et se voile la face.

Intervient alors une ancienne relation de fac, qui le sollicite pour démêler une très étrange histoire : il a reçu des menaces qui l'inquiètent fortement. Sommé de penser à un chiffre, n'importe lequel, de façon tout à fait aléatoire il a pensé à 658 et a effectivement trouvé ce chiffre dans une enveloppe jointe. Les courriers, poèmes et coups de fil s'enchaînent, lui affirmant très bien le connaître et lui promettant les pires châtiments. Bien qu'il prétende n'avoir rien à se reprocher, il est terrorisé, et il fait bien de l'être, car...

Gurney est forcément intrigué, et lorsque les meurtres commencent à se réaliser (car il y en aura plus d'un), il mobilise tous ses neurones sur cette affaire, reprenant le collier au grand dam de sa femme. L'adversaire en face va se monter de taille, et très surprenant...

658 est un très bon thriller qui prend la peine de nous expliquer ses tours et détours en détails, nous apprenant au passage mille et une petites et grandes choses, le mythe de Charybde et Scylla par exemple, ou la façon dont notre cerveau subit peut-être un court-circuit dans notre système neurologique triant les informations, faisant que nous continuons, d'une certaine façon, à voir les choses qui nous sont familières telles qu'elles étaient jadis (Peut-être le cerveau n'enregistre-il pas les changements au fur et à mesure, s'ils sont suffisamment progressifs, jusqu'à ce que l'écart atteigne un seuil critique).

La tension va creshendo, la résolution des énigmes est convaincante, j'ai été accrochée tout du long et n'ai pas boudé mon plaisir : je recommande !

 

658 - John Verdon

Grasset, 2011, 441 p.

Think of a number (2010)

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Philippe Bonnet et Sabine Boulongre