15.01.2012

Elle me plaît. Elle ne sait rien, elle a envie de tout, elle est l'avenir de ma profession.

mais qu'est-ce qu'on peut faire,pour limiter le risque de se tromper ?,Lire,bien sûr.,tout,tout le temps.,et puis aimer très fort.,Il est un vieil éditeur qui n'est plus le patron dans la maison qui porte son nom. On lui colle un jour entre les pattes une liseuse (en réalité un Ipad, qui n'en est pas tout à fait une), et loin de se lamenter sur les temps qui changent le livre papier qui meurt tout ça il décide de jouer. Il organise ses stagiaires en douce, il propose des choses, il emmène promener sa liseuse, il déjeune avec ses auteurs, il "prépare" un texte avec malice, bien d'autres choses encore, et surtout il lit, il lit, il lit. Bienvenue dans la vie d'un éditeur, homme du texte par excellence...

Ah l'adorable roman que voilà ! Il se lit le sourire aux lèvres, Robert Dubois a une façon d'appréhender l'existence qui est irrésistible, tout amoureux des livres ne pourra que succomber. Au passage on se note d'aller jeter un oeil à la POD (Print On Demand) au 100 Charing Cross (Londres), et on meurt d'envie d'aller flâner chez Daunt à Marylebone (Londres too, where else ?) qui est ici qualifiée de plus belle librairie d'Europe, carrément.

Et puis l'épilogue vient nous cueillir, on ne l'avait pas vu venir, pris dans le ton mutin, on avait négligé les indices pourtant évidents à la relecture. Pudeur et délicatesse. Les trois derniers paragraphes sont magnifiques, je les tais pour ne rien gâcher à personne.

On apprend alors, le roman terminé, que le texte épouse la forme d'une sextine, avec explications. Bluffant, et très réussi.

 

La liseuse - Paul Fournel

P.O.L., 2012, 217 pages (le début, des avis, et une vidéo à consulter sur le site de l'éditeur) (vidéo que je conseille vivement).

23.10.2010

Homicide par pelle à tarte

"Le courage claquait discrètement des dents à l'arrière-plan et elle n'avait que le recours, bien plus creux, de l'audace..."

Elle a 16 ans, elle s'appelle My (Mydria), elle est tellement belle qu'on ne sait pas exactement où commence la lumière du soleil et où finissent ses cheveux. Elle croit qu'elle est une jeune fille de bonne famille qui arrivera à la cour en intriguant. Or elle est l'héritière d'une dynastie renversée depuis des siècles, le trône lui revient de droit. 

Par une mystérieuse lettre qui apparaît un jour cachée dans le bec d'un non moins étrange sifflet (et qui lui apprend qu'elle possède un don...), elle se lance à son corps défendant dans une quête : l'inaccessible île contenant le trésor des Darcer...

L'auteur est toute jeunette, et en commençant ce roman j'étais assez incrédule. Le tout est tellement maîtrisé et réussi que je ne pouvais m'empêcher de douter. Puis j'ai lu ceci :

"Un air étrange envahissait peu à peu toute sa figure, quelque chose entre les larmes et le flétrissement. Malgré sa chevelure sans fils blancs, son teint rehaussé par la poudre, tous ces artifices qui avaient fini par faire partie d'elle, sa mère se révélait lentement telle qu'elle était. Une femme de quarante ans, que l'âge commençait à faner tout autant qu'une tristesse vague et douce."

Ok, elle a 18 ans :/

Au rayon moqueries, j'ai noté aussi ce moment où tout va mal, super mal, c'est l'horreur, My est perdue, désespérée, tout ça, et elle s'écrie : "Flûte, mais ce n'est pas vrai !"... Et une couverture révélant ce qu'on n'apprend que page 127, dommage (tiens d'ailleurs je ne la montre pas).

Mais tout ceci est détail, alors que c'est un vrai bon roman de Fantasy qui nous est ici offert. De facture classique (quête, épreuves, énigme, monstre, batailles, magie), il est prenant et distille de jolies valeurs morales. L'Aventure n'est pas absente, et une histoire d'amour se fraye lentement un chemin, on ne décroche à aucun moment. Il n'est pas publié en Jeunesse, mais peut être lu dès 12 ans sans problèmes.

L'épilogue appelle évidemment une suite, que je lirai avec plaisir.

 

L'héritage des Darcer - Marie Caillet

Ed. Michel Lafon, 2010, 407 p.