05.08.2011
Elle était les ciseaux - elle qui s'était prise pour le fil
"Il y a des histoires que l'on ne raconte pas. Des histoires auxquelles on s'accroche. Rester debout, simple témoin, en les gardant pour soi, ce n'était pas de la lâcheté. Fixer le monstre en face et sentir son souffle sans faire demi-tour - on pouvait porter le monde ainsi."

1940-1941, trois américaines. Deux mènent leur petite vie tranquille à Cap Cod, elles écoutent la troisième à la radio. Frankie est journaliste, elle couvre le Blitz à Londres. Un jour, elles se rencontreront toutes trois...
"Si vous recevez cette lettre" de Sarah Blake (Calmann-Levy, 2011, 354 p., traduit de l'anglais (États-Unis) par Valérie Bourgeois (The Postmistress) n'est pas un grand roman. Bourré de facilités, il tire sur une seule et unique corde, la sensiblerie. Il se laisse pourtant lire gentiment, et remplit son office, en raison d'un seul et unique personnage : Frankie (Je me serais aisément passée des deux autres fantoches).
Miss Bard, elle, est touchante. Elle est vraie, on y croit, autant quand elle vacille sur la définition de son métier que dans son rôle de témoin. Quand elle prend la parole pour délivrer ses histoires à l'Amérique, on y est complètement, les yeux sur le poste de radio, on ne respire plus, on les a tous connus, ces gens insignifiants et magnifiques dont elle nous entretient.
"Le moyen le plus rapide de faire passer à quelqu'un le goût de l'omniscience, c'est la guerre."
Tu m'étonnes. Difficile après ça d'adhérer, même avec de la bonne volonté, aux amours naissantes de la receveuse des postes ou aux tourments existentiels de la femme du médecin. Pourtant la vie n'est pas ailleurs, et j'aurais aimé la sentir, la voir palpiter comme dans toutes les pages des alertes à Londres, absolument vibrantes, ou lors des enregistrements dans les trains.
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