14.11.2008
Ceux qui sauront - Pierre Bordage

"Il valait mieux un petit peu de pas beaucoup que rien de rien."
Quelle excellente idée que cette collection ukronie chez Flammarion ! Une uchronie, en gros, est l'histoire revisitée, ce qui aurait pu être si, et ses conséquences sur le présent.
Nous sommes ici en 2008, mais la révolution française de 1789 n'a duré que le temps d'un feu de paille, la monarchie a été rétablie, et depuis plus d'un siècle les individus sont divisés en deux camps : les nantis (nobles ou juste fortunés) et les cous sales. Les premiers mènent une existence privilégiée, usant et abusant des seconds, qui vivent en plein obscurantisme. Le savoir, la connaissance, l'instruction, leur est formellement interdite.
Par exemple, la machine à laver n'a pas été mise en circulation, si les femmes disposaient de plus de temps libre, elles pousseraient les hommes à la révolte, et les riches s'en foutent, ils ont des employés qui lavent pour eux. D'ailleurs l'électricité est réservée aux nantis, le téléphone est une chimère, et les informations qui circulent sur leur version d'internet sont soigneusement filtrées. La France vit repliée, a renoncé au pétrole, se meut selon les usages de siècles très dépassés.
Pourtant le peuple a tenté plusieurs fois de se soulever, poussé par la faim, la famine, la dalle, mais que faire les mains nues (ou presque) contre l'aviation, les canons et autres technologies assassines... Mais une résistance s'organise, des instituteurs clandestins apprennent à lire et à écrire aux enfants, la nuit.
Ce roman, c'est la description très précise et parfois sanglante de ce monde où Jules Ferry est devenu un mot de passe pour réunions secrètes, mais c'est aussi la rencontre de deux jeunes adolescents de quatorze ans que tout oppose, à priori. Jean est un cou noir, il commence juste à travailler, il se trouvera au mauvais endroit au mauvais moment, et Clara est la fille du directeur de la Banque Royale, élevée à Versailles, programmée pour épouser qui on lui dira afin d'élargir le rang social.
Ces deux-là sont représentatifs chacun de leur côté de la barrière, mais possèdent ce qui fait défaut à la majorité moutonnante, quelle que soit son camp : la faculté de réfléchir, une certaine forme de libre-arbitre. Leur rencontre leur sera-t-elle bénéfique ?...
J'ai fait long pour présenter ce qui n'est pourtant qu'une esquisse sommaire, mais c'est un univers solide et copieux. Une sorte de roman d'aventure à la Victor Hugo mâtiné de SF, un peu old fashion, dans les pages duquel on s'oublie pour se poser plusieurs fois la question qui, de tous temps, a ouvert la porte des possibles : Et si....
J'ai lu je ne sais plus où qu'il était recommandé à partir de 9 ans, je dirais plutôt pas avant un bon 13-14 ans (et jusqu'à pas d'âge!) (mais ce n'est que mon avis).
Ed. Flammarion, 2008, 345 p., 15 €
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