24.11.2010
Easter parade - Richard Yates
C’est l’histoire de deux soeurs, à New-York, au début du XX° siècle. Parents divorcés, mère instable, père insatisfait. Elles se construisent comme elles peuvent. Elles grandissent. L’une fonde une famille et s’y noie, l’autre se laisse ballotter d’homme en homme et ne se connaît pas. La vie passe, la mort frappe, la solitude n’a jamais cessé de rôder...
Ecrit en 1976, ce beau roman fait aussi mal aujourd’hui. Il dissèque cette façon qu’on a parfois de se protéger en érigeant des murs d’indifférence autour de soi, sauf qu’ils sont friables et que le temps nous l’apprend souvent cruellement.
Sarah et Emily sont très attachantes, par la grâce d’une écriture détachée et dépassionnée. Richard Yates possédait une plume incomparable, précise, profondément désenchantée, d’une lucidité effrayante et parfaitement admirable.
Il est ici question d’acuité intellectuelle et psychologique à son sommet, hors de tout pathos ou lyrisme. De ce qui fait une personnalité, de comment on ne peut échapper à soi-même, de combien la vie fait mal et les trêves sont brèves.
Beau et douloureux.
Ed. Robert Laffont, collection Pavillons, 2010, 258 p.
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Aline Azoulay-Paevon
Merci Amanda ! (Par contre je ne suis pas d’accord en ce qui concerne la profondeur de l’analyse, Emily est sacrément décortiquée et existe autant à mes yeux qu’April pouvait le faire dans La fenêtre panoramique.)
05:48 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : portrait de femmes, usa, siècle dernier |
30.03.2010
Tremblements - Joel Goldman
Notre narrateur s'appelle Jack Davis, FBI. La cinquantaine, en phase finale de divorce, déjà amoureux depuis quelques mois d'une autre, et
pas n'importe laquelle : sa dulcinée est psychologue judiciaire, spécialisée dans le décryptage des microexpressions faciales. Son couple n'a pas résisté à la perte de leur fils il y a quelques années, assassiné par un voisin pédophile dont ils ne méfiaient absolument pas. Il leur reste une fille, devenue adulte, qui a fait pas mal d'erreurs jusqu'à la dernière en date, tomber amoureuse d'un gars de l'équipe de son père, un infiltré qui plus est.
Depuis quelques mois, Jack est atteint de tremblements violents et incoercibles. Il voit son corps de contracter salement pendant plusieurs minutes sans pouvoir y faire quoi que ce soit. Le jour où ses collègues s'en aperçoivent, il est mis en congés forcés. Mais Jack ne peut sagement se consacrer à sa santé alors qu'il suspecte l'amoureux de sa fille de n'être pas très clair; il a déjà déconné une fois, son enfant devenue unique passe avant tout le reste...
Un thriller n'a pas forcément besoin d'être innovant ou technologique pour bien fonctionner. Ici, on a une réelle impression de réalisme. Jack n'est pas particulièrement attachant, mais on le sent droit, on éprouve une sorte de respect pour lui. Les parties relatives aux analyses des microexpressions sont plutôt passionnantes, et l'explication finale des fameux tremblements m'a étonnée, je ne connaissais pas cet aspect du problème.
L'enquête proprement dite est alors passée au second plan pour moi, je l'ai d'ailleurs trouvée un poil nébuleuse, mais tout le reste m'accrochait suffisamment pour qu'elle glisse avec facilité. On a même un chouette personnage de chien, Ruby, qui devrait plaire à Cathulu...
Premier roman publié en France pour Joel Goldman, je lirai les autres !
Ed. Le Cherche-midi, 2010, 398 p.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Aurélie Tronchet
(Tiens, il n'y a pas le titre en VO ?)
C'est l'avis de Zelig qui m'a donné envie. Contrairement à lui, je n'avais pas pas vu venir le dénouement et j'ai même été surprise par le petit épisode de ventriloque (ce n'est pas un spoiler, vous pouvez y aller !).
06:00 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : usa, thriller, carré, bien foutu, bon moment |
26.02.2010
Les amours de Lola - Amanda Eyre Ward
Connaissez-vous le Chicken Shit Bingo ? Si un soir vous passez par le Ginny's Little Longhorn d'Austin (Texas), vous pourrez peut-être
y "jouer" : sur un grand damier d'un mètre sur deux, divisé en cent carrés numérotés, on lâche un poulet vivant. Le gagnant est le joueur qui a le numéro correspondant au carré sur lequel il y a le plus de crottes de poulet. Funs, les ricains :/
Mais ça n'a rien à voir avec les douze nouvelles de ce recueil. Six indépendantes, et six qui déclinent l'histoire de Lola, à travers quelques moments forts de son existence, chronologiquement.
La vie de petites gens, vous, moi, devant quelqu'un qui se masturbe dans une bibliothèque, effrayée par la vie d'expatriés en Arabie Saoudite, s'inventant une vie idéale pour le coiffeur qui vous ment lui aussi comme un arracheur de dents, en veuve du 11 septembre, avec une petite fille de bientôt un an qui ne sourit pas, ne tient pas assise ni ne cherche à marcher, et croisant un neurologue à un barbecue... Chaque nouvelle est une petite histoire à part entière, on ressent un grand découragement, des filles qui voudraient bien, vraiment, vous savez, y arriver, juste avoir l'énergie de base, mais ça dérape, ça déborde du costume; rien de tapageur ni de tonitruant, juste la vie qui lamine les coeurs pourtant vaillants.
C'est simple, percutant, on ne quitte pas ces pages une fois ouvertes. C'est attachant et on en voudrait encore, encore !
Ed. Buchet Castel, 2010, 178 p.
Traduit de l'américain par Anne-Marie Carrière
Lu également par : Amanda (merci encore pour le prêt !),
06:00 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : nouvelles, usa |
10.06.2009
Une minuscule graine de bonheur germa quelque part, en Sarabeth.
Sarabeth vivait coincée entre un père sûrement gentil mais incolore et une mère gravement perturbée, jusqu'à ce que Liz et sa famille emménagent en face. Lorsque sa mère se suicide, alors qu'elle n'a que seize ans, c'est chez eux qu'elle va habiter, tandis que son père déménage loin. Le lien qui l'unit à Liz est donc fait de mille petites choses, de celles que l'on tisse jour après jour quand on est enfant jusqu'à celles que seul le drame peut créer. Leur amitié est indéfectible, a duré, et c'est un choc quand à l'aube de leur quarantaine, l'une fera défaut à l'autre : c'était tout bonnement inenvisageable.
Ce sont deux amies qui ont évolué de façon très différentes, Sarabeth est restée célibataire, avec une terrible angoisse de l'abandon. Elle nous semble très sympathique pendant une bonne partie du roman, avec des passages tels que : "Sarabeth avait pour devise "Mieux vaut un mauvais film que pas de film du tout" et, s'il n'était pas vrai qu'elle voyait n'importe quoi, elle laissait rarement passer une semaine sans aller au cinéma. Il lui était arrivé, quand elle avait une vingtaine d'années, de se faire onze films en sept jours et elle continuait à voir en cette performance la preuve moins d'un excédent de temps libre que de ses qualités personnelles." Elle aime beaucoup les livres également, de nombreux petits passages vont en enchanter plus d'une. Mais son hérédité, son enfance l'ont laissée fragile, et à un moment elle réalise la façon dont les autres peuvent l'appréhender et elle vacille ("Elle avait toujours craint de s'apercevoir, un jour ou l'autre, que loin d'être une fille pétillante dans une sympathique petite maison, un esprit libre, bohème et créateur, elle n'était qu'une marginale, une cinglée. Et voilà, ce jour était arrivé !")
Liz, quant à elle, est un brave petit soldat, qui porte sa famille (un mari, deux enfants, ses parents, Sarabeth) à bout de bras. Tout lui est "travail" mais elle assure, crânement. "Elle songea que les connaissances s'accumulaient par couches, et non linéairement, qu'on apprenait les choses en revenant dessus, encore et encore, mais de manière différente à chaque fois, plus profondément."
Un jour, la fille adolescente de Liz, qui allait mal depuis quelques temps, attente à ses jours. Cela entraînera tout le monde dans une spirale infernale...
Un roman que j'ai chéri et bercé, des personnages qui ont su tous me toucher au plus profond et une tristesse dont je me suis délectée : tout sonne juste dans ce mélo et c'est une terrible observation de notre monde moderne. J'étais très étonnée qu'Ann Packer soit américaine, tant son roman est anglais, pour mon plus grand bonheur. J'ai reçu plusieurs passages comme des coups en pleine figure, si l'amitié féminine a un jour été mieux disséquée que dans ce roman j'ignore où.
Une plume simple et sans fioritures, dont le propos résolument mélancolique ne séduira pas tout le monde. Certaines facilités. Mais pour moi un grand moment de lecture...
"Chanson sans paroles" Ann Packer
Ed. de l'Olivier, juin 2009, 422 p.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Michèle Hechter
06:00 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note | Tags : usa, roman triste, mais impossible à lâcher, précieux |
28.02.2009
L'histoire d'un mariage - Andrew Sean Greer
San Fransisco dans les années 1950, un gentil petit couple, Pearlie et Holland Cook. Elevée à la dure, Pearlie ne se croit pas belle, tandis qu'Holland rayonne de grâce. Le lien qui les unit est très particulier, c'est un amour d'enfance, qui a subi la guerre, les choses sont établies une fois pour toute dans l'esprit de Pearlie. Elle se consacre toute à ce mari si beau et si fragile, a pris l'injonction d'une de ses tantes au pied de la lettre, son coeur est fragile. Alors la sonnette chez eux roucoule et ne sonne pas, le chien est d'une race muette, les journaux sont dépouillés par ses soins de toute mauvaise nouvelle. Une maison de silence et de calme, que ne trouble pas Sonny, leur fils, tout tranquille avec ses jambes attaquées par la polio. Une visite va faire exploser cette relative sérénité...
Une habile construction pour ce roman qui nous délivre ses révélations avec la force d'une claque : page 61, d'abord, notre vision du couple est déjà tourneboulée (pour autant on pouvait le pressentir à travers le récit); page 72, ensuite, tout à coup on comprend mieux; page 97, enfin, la coupe est pleine, et nous avons toutes les données du problème.
Nous assistons alors à l'évolution d'une femme dans sa réflexion intense, à l'histoire d'un mariage dans ce qu'il a de plus intime, à la confrontation d'une époque avec des personnages vaillants qui tentent de rester debout...
"Amérique, tu administres une mort exquise" nous dit Pearlie quand elle analyse tout ce qu'elle apprend de la guerre. C'est bouleversant, surprenant, le lecteur est rivé aux pages qui lui distillent une douleur sourde. C'est ample et ambitieux. A lire.
Ed. de l'Olivier, 2009, 273 p.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Suzanne V. Mayoux
Titre original : The Story of a Marriage
Clarabel a aimé, Chronicart massacre le tout (et en dit trop, attention !).
06:00 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : usa, années 50, héroïne à forte personnalité, bouleversant, surprenant |
26.12.2008
Champs d'ombres - Cornelia Read
Madeline a épousé Dean, et le couple est heureux. Elle est journaliste en charge des menus articles sur des sujets futiles, et s'ennuie à mourir
dans le bled de Syracuse d'où est originaire toute la famille de son mari, d'autant plus que ce dernier s'absente de longues périodes au Canada pour le boulot. Du côté de sa propre famille, c'est plutôt distendu, et étrange. Grande lignée de Wasps de Long Island, les Dare sont farfelus et fauchés. Ainsi son grand-père paternel, par exemple, prédisait que toute bataille de boules de neige tournerait à la catastrophe en concluant "et il faudra t'emmener à l'hôpital et l'anesthésie ne marchera pas". Ou encore la formule d'adieu traditionnelle de sa mère est "Parle aux inconnus !". Avec des gènes pareils, vous avez intérêt à surveiller de près tout ce qui fait vibrer vos antennes, dit-elle, et effectivement, son intuition va être mise à rude épreuve.
Son beau-père lui donne un jour des plaques d'idendité militaires retrouvées en labourant un champ, à l'endroit où 19 ans plus tôt ont été découverts les corps de deux jeunes filles assassinées. Ce double meurtre n'a pas été élucidé, et les plaques appartiennent à son cousin, Lapthorne, le seul qui ait jamais eu ses faveurs dans sa drôle de famille. En cherchant à en savoir plus, Madeline se fourre dans un guêpier inextricable...
Une narration farfelue et des moments incongrus rendent ce roman noir attachant. On se fait ballader en pensant renifler la réponse d'un côté, tout concorde et pourtant non, roulés dans la farine. Original et différent, à tenter !
Ed. Actes Sud, Actes Noirs, 2007, 507 p., 23,80 €
Traduit de l'américain par Laurent Bury
Titre original : A field of Darkness
L'avis de Polar noir.
14:27 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : usa, thriller, noir |
09.09.2008
Catherine Cusset - Un brillant avenir
Un brillant avenir nous entretient essentiellement de deux femmes, que tout oppose, mais que réunit l'amour d'un homme : Alexandru.
Tour à tour, et en passant de 1941 à 2006, après avoir débuté par 2003 (mais rassurez-vous, on suit très bien !), se succèdent les moments marquants de leur vie.
Elena, d'abord, de Bessarabie en Roumanie, puis en Israël, un petit moment en Italie avant les Etats-Unis, son rêve américain qui est d'offrir à son fils "un brillant avenir", lui ouvrir toutes les portes, un pays libre, de hautes études ("On a toujours besoin d'un doctorat"). Et puis Marie quand elle arrive dans la vie de son fils, Marie la française qui laisse traîner ses kleenex sales, qui dort comme une marmotte, l'intellectuelle, bardée de diplômes.
Ce n'est pas pour autant une systématique opposition entre ces deux femmes, c'est plus simple et subtil que ça.
Helen est une femme brillante (physicienne nucléaire), qui a du se battre toute sa vie, pour tout : épouser Jacob, fuir un pays étriqué et étouffant, douter de sa véritable histoire, offrir à sa famille la sécurité et la liberté. Elle se sent menacée très vite, par tout, de façon sans doute démesurée mais compréhensible. Marie le comprend très bien, d'ailleurs. Mais elle est tellement différente, avec ses racines françaises, son éducation privilégiée et son naturel désarmant, que les rouages grincent assez vite et très fortement...
C'est un roman vraiment très réussi qui cache sous ses dehors lisses plus de profondeur qu'il n'y parait. Par petites touches qu'on devine totalement vécues, Catherine Cusset nous attache de plus en plus fermement à son intrigue. Au départ, on se dit qu'on le dévore parce que c'est bien ficelé, mais que le style est vraiment basique. Et puis on se rend compte que la narration parvient à ne jamais juger personne, à exposer dans leurs failles et une certaine laideur avérée des personnages qui ne sont plus du tout de papier, mais bien debout et vivants devant nos yeux.
Les avis de : Le Bookomaton - Marianne en parle en vidéo sur Filigranes.tv.
Ed. Gallimard, collection Blanche, Août 2008, 369 p., 21 €
06:00 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (27) | Envoyer cette note | Tags : roumanie, parcours personnel, belle-mère, usa |
04.09.2008
Richard Russo - Le pont des soupirs
J'ai appris qu'on a beau faire tous les efforts possibles, il nous reste toujours des larmes pour pleurer.

Richard Russo est reconnaissable entre mille : Outre sa très américaine façon de disséquer chaque particule de pensée de ses personnages, il excelle à dépeindre les perdants magnifiques, les petites villes paumées, avec une tendresse remplie d'humour.
Pourtant, "Le pont des soupirs" se démarque de ses précédents romans, il est délayé jusqu'à l'extrême limite (au risque de perdre par moment l'intérêt du lecteur), il est plus triste, aussi, assurément, et souvent très injuste.
Nous sommes à Thomaston, petite bourgade polluée proche de New York. Louis Charles Lynch en est devenu le maire. Très attaché à sa ville, il y dirige plusieurs petites épiceries, en famille. La soixantaine venue, son épouse Sarah et lui sont sur le point de se rendre à Venise. Mais avant, Lou a entrepris d'écrire sur son enfance. Se mêlent alors ce qui fut et ce qui est, menaçant ce qui sera...
C'est une galerie de portraits généreux, qui a la particularité de faire évoluer l'avis du lecteur sur ses personnages. Tessa, par exemple, la mère de Lou, apparaît de prime abord assez antipathique, avant qu'on n'en vienne à l'admirer puis à franchement la respecter. Loulou, le père, y est dépeint de bout en bout comme une pâte, une crème, un bon gros nounours qu'il est impossible de ne pas aimer; mais protéger les gens devient pourtant fatigant au bout d'un moment... Et notre héros, qui déteste tant qu'on l'appelle Lucy (Lou C.), lui-même, suscite quelque irritation.
La construction est plutôt hachée, passant de l'un à l'autre et des souvenirs au présent, on peut être quelque peu déstabilisé par l'incursion fugace de Bobby au présent alors qu'on est immergé en plein dans son enfance, son ombre plane tellement tout au long du roman qu'on regrette de ne pas avoir son point de vue plus souvent ou longuement. Mais c'est bien Lou notre interlocuteur principal (même s'il cède la place aussi à Sarah de temps en temps), et il faut lui reconnaître une emprise certaine : j'ai souvent posé la main à plat sur le livre refermé, comme pour lui transmettre ma chaleur attentive, les yeux dans le vague, méditant tel ou tel point. Les petites vies remuent l'universel, y a pas à dire.
"Je ne sais plus à quel âge j'ai entendu pour la première fois quelqu'un traiter Big Lou Lynch de "bouffon". J'étais tellement surpris que, sûr de me tromper sur le sens véritable du mot, je suis allé vérifier dans le dictionnaire. J'ai probablement entrevu ce jour-là les obscurs fondements de la méchanceté, et mesuré notre impuissance devant elle. Quoi qu'il en soit, j'ai remarqué que, parfois, les gens paraissent gênés de finalement m'aimer bien, comme s'ils ne comprenaient pas pourquoi. J'ai reçu beaucoup d'amour dans ma vie, peut-être plus que je n'en mérite, mais mon père est la seule personne à m'avoir aimé sans réserve, c'est pourquoi il m'est impossible d'en émettre à son sujet."
Ed. Quai Voltaire / La Table Ronde, Sept. 2008, 726 p., 25 €
Trad. (USA) Jean-Luc Piningre
Titre original : Bridge of Sights
06:00 Publié dans Livres : J'adore | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : couple, enfance, usa, richard russo, petites villes |
16.01.2007
Un été 66
Dan Gearino – J’ai tout entendu
Liana Levi, 1999
Piccolo, 2006
Barrington, petite ville au nord-est d’Atlanta. Sammy s’y réveille un drôle de matin dans les années 40, encore tout enfant. Durant le trajet, de nuit, en car, sa mère a disparu. Il se pose sur un banc, et attend, muet de stupeur. Mais elle ne reviendra jamais. Pris sous l’aile du chef de gare, Sammy vit dans un cagibi et s’enferme dans le silence : on le croit sourd-muet. La soixantaine venue, il décide de nous raconter son été 1966, le jour où la combinaison de la cupidité, la rouerie, la vengeance et une déclaration intempestive de John Lennon ont mis le feu aux poudres…
C’est un roman assez jubilatoire, qui donne libre cours aux digressions et aux flash-back, dans un style enlevé, méchant et revanchard. Beaucoup d’inventivité aussi, qui flirte souvent avec la vraisemblance mais pour le plus grand plaisir du lecteur. Le plus bluffant étant que le narrateur reste beaucoup dans l’ombre, pas décrit, peu offert, mais il invective le lecteur en prenant une place folle. On le suit pas à pas, avides de l’écouter encore, marchant dans toutes ses combines.
Une bonne bouffée du Sud américain.
Traduction (USA) de Jean-Luc Defromont
279 p.
15:00 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : années 40, sourd-muet, usa |
22.04.2006
Toujours le même plaisir

Quai Voltaire, 2005
Il s’agit en fait du second roman de Richard Russo, écrit en 1988, et seulement traduit l’année dernière en France. De fait, on se retrouve immédiatement en terrain familier, dans cette petite ville imaginaire de Mohawk.
Quand Ned Hall nait en 1947, son père revient juste de la guerre après avoir débarqué en Normandie, et a l’impression que la grossesse a duré à peine une semaine. Ce qu’il veut, lui, et de façon permanente et durable, c’est boire, courir les filles et jouer aux courses. Sa femme, constatant qu’il ne se calmera pas, s’en sépare et élève seule le petit Ned.
Seulement quand elle traverse une grave dépression et doit être hospitalisée, Sam Hall héritera d’un fils de 10 ans qu’il a vu une fois.
Mais à Mohawk Sam est une figure, et à sa traine le P’tit Sam va se coltiner la vie selon l’angle de vue très middle-class mais néanmoins hautement réjouissant d’un gamin de l’Amérique des années 60 …
Encore une fois c’est savoureux du début à la fin, Sam est un Sully aussi tête de cochon que charmeur, Ned un mignon petit mou, et on ne peut qu’aimer la galerie de personnages qui leur gravitent autour. Que l’on aille à la pêche aux poissons ou aux balles de golf perdues, que l’on chaparde dans les magasins ou qu’on rencontre le premier Marxiste par instinct, à aucun moment on ne lit, en fait, on est partie prenante de l’aventure, et on a complètement oublié ces histoires de morale, de il faudrait ou ne faudrait pas.
A noter qu’on ne prend pas encore de leçons de conduite ici, par contre on a déjà notre personnage qui collectionne les insolites, les coquilles et bizarreries.
Enfin depuis quelques jours je réponds à toute question par « Eh ben ? », et me demande bien quelle est l’expression exacte traduite ainsi. « so what ? » Si quelqu’un a le livre en VO, j’aimerais vraiment savoir !
« J’ai opiné. Splendide journée en effet.Le premier jour du reste de nos vies, a poursuivi Mme Ward, en s’asseyant sur la troisième chaise. J’ai entendu ça quelque part et ça m’est resté dans la tête. Voilà comment il faut regarder les choses, surtout les vieilles.
- Absolument, ai-je dit.
- Tu vois ? a dit Mme Ward à sa fille. Il n’y a que toi pour jouer les rabat-joie.
- Je ne rabats rien du tout, maman. Je suis réaliste, c’est tout.
- Une affreuse réaliste. Dieu merci monsieur… n’a rien d’un réaliste, sinon il ne mangerait pas avec autant d’appétit.
Nous avons mangé avec beaucoup d’appétit jusqu’à ce que Tria, pour oublier peut-être son affreux réalisme, remarque que les kiwis étaient merveilleusement bons.
- « Absolument » ai-je dit en me jurant de ne plus utiliser cet adverbe pendant au moins une demi-heure. Et en me demandant lesquels de ces fruits étaient des kiwis.
Il s’est ensuivi un long moment pendant lequel nous paraissions nous rendre compte qu’il serait difficile de poursuivre une conversation normale. Nous étions sur une scène et, l’un de nous ayant laissé passer sa réplique, nous ne savions plus à qui revenait la prochaine. Nous avions l’air de songer, que, peut-être, ce brunch était une mauvaise idée dès le départ, et nous puisions dans nos coupes avec un intérêt renouvelé, comme si le kiwi et les fruits de la passion allaient naturellement nous sauver du naufrage.
- Quel bonheur d’être vivant par une si belle journée, a dit Mme Ward.
- Absolument. »
Traduction de Jean-Luc Piningre
471 p.
15:00 Publié dans Livres : J'adore | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : richard russo, usa, parcours personnel, petites villes |

