24.03.2009

Musc - Percy Kemp

kemp 2.jpgAprès mon coup de coeur pour le dernier roman de Percy Kemp, il était bien naturel que je me penche sur son premier : Musc.

Musc, c'est le nom de l'eau de toilette de Monsieur Eme, qui l'accompagne depuis plus de quarante ans et qui a, en son temps, fait l'objet d'une soigneuse délibération. Aujourd'hui, à soixante-neuf ans passés, Monsieur Eme prend toujours extrêmement soin de lui, selon une routine bien établie. Ce qu'il souhaite c'est l'élégance, dans tous les domaines. Seulement le petit parfumeur de Grasse qui produisait Musc s'est fait racheter par une grosse multinationale, et l'eau de toilette a changé. Donc la représentation mentale que Monsieur Eme se fait de lui-même a changé. Donc Monsieur Eme est tout déstabilisé.

Dans un premier temps, rationnellement, il entreprend des démarches pratiques pour se constituer un stock de l'ancien Musc. Mais la quantité récoltée ne correspondra pas à son analyse prévisionnelle. Va-t-il se laisser aller, sombrer, comme il en prend le chemin ? Et s'il trouve une solution, sera-t-elle rationnelle ?....

Histoire d'une obsession qui tourne au tragique, histoire des tours et détours que peut emprunter l'esprit humain quand il se trouve confronté au phénomène du manque. Monsieur Eme est attendrissant, dans son genre, super guindé et suranné. Cette rêverie sur le vieillissement nous fait surtout grincer des dents. On reconnaît aisément la plume de Percy Kemp, inattendue et très personnelle. Le style est plus simple que dans le dernier roman, mais possède déjà ce côté déstabilisant et assez britannique, bien que l'auteur écrive en français.

 

Ed. Albin Michel 2000 et Le Livre de Poche 2002, 158 p.

 

23.01.2009

La grand-mère de Jade - Frédérique Deghelt

"L'élégance du fatalisme"deghelt.jpg

 

On a retrouvé Jeanne évanouie depuis la veille dans sa cuisine. A quatre-vingt ans, ses filles décident qu'il n'est pas raisonnable de la laisser vivre seule. Ce  sera donc la maison médicalisée. Mais Jade, une de ses petites-filles, décide sur un coup de tête de lui épargner ça et l'emmène chez elle à Paris. Elles entament alors un récit à deux voix de cette belle aventure, avec un épilogue inattendu qui éclaire tout ce qui a pu nous sembler factice au fil des pages.

Véritable coup de coeur, ce roman n'a cessé de m'étonner et de m'enchanter. Jade découvre Jeanne, sans jamais laisser de côté la petite-fille face à sa grand-mère à qui elle doit beaucoup. Derrière le personnage doux et terre-à-terre, derrière la paysanne savoyarde se cache depuis toujours une lectrice avide. Les raisons de son silence sur ces compagnons de toute une vie sont égrenées très justement. C'est un roman qui est profondément joli, humain et tendre, qui fait beaucoup de bien, qui distille une douceur apaisante tout en abordant des sujets fondamentaux, sur la place des personnes très âgées dans notre société par exemple.

Pourtant ce qui m'a touchée le plus fortement c'est de reconnaître Hubert Nyssen non seulement dans le personnage de l'éditeur (et pas tellement à vrai dire dans ce personnage) mais surtout dans nombre de choses dites par Jeanne sur la lecture ou sur les livres, lorsqu'elle entreprend d'aider Jade à remanier son roman.

Ou de très petites choses, comme lorsque Jade rentre un soir avec une magnifique édition de Jane Austen pour sa grand-mère, "avec cette envie impossible pour toute lectrice de redécouvrir pour la première fois ce qu'elle a déjà aimé."

Ou des phrases comme "J'ai lu adossée à la vie réelle, j'ai lu contre quelque chose dont je ne voulais pas. Ce que je sais de meilleur, je croyais que c'étaient les livres qui me l'avaient appris, mais je n'en suis plus si sûre aujourd'hui."

La dernière page tournée, je ressens une affection folle pour Jeanne, de la peine pour Jade, une affinité réelle avec Frédérique Deghelt dont la plume et l'univers me semblent être nimbés de scintillements.

*soupirs* c'était vraiment bien, ces 391 pages.

 

Ed. Actes Sud, 2009, 391 p., 21 €

 

L'avis de Marie, que je remercie infiniment pour le prêt.

Ecouter Frédérique Deghelt parler de son roman.