04.06.2010

Laisse-moi entrer - John Ajvide Lindqvist

Wow.

 

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Premier roman de John Ajvide Lindqvist, il en a également signé l'adaptation au cinéma (Morse), après des années de prestidigitation et de stand-up.

"Laisse-moi entrer" est un roman de vampires, de la bit-lit mais pas du genre mignonne-polie-jolie-urbaine. Il est question de la Suède des années 80, d'alcoolisme, de paumés, d'un petit garçon extrêmement solitaire et malheureux, brutalisé par les autres, d'adultes qui ne savent pas se gérer, et de leur rencontre avec un vampire. C'est violent, gore, âpre et overprenant. Il y a une espèce de beauté qui sourd de la laideur même, un côté page-turner redoutable. Avec une économie d'effets, on se prend tout en pleine figure et dire qu'on y croit serait bien en-dessous de la réalité : on est physiquement au bord de la nausée, des larmes, de l'émotion.

Ce qui se dégage le plus c'est une infinie tristesse, une désolation qui sonne immensément juste, et qui est ryhtmée par de l'angoisse, de la frousse totale, une pincée de tendresse... Pour ceux qui aiment être déstabilisés et qui n'idéalisent pas les vampires...


Ed. Télémaque, 2010, 547 p.

Traduit du suédois par Carine Bruy

Titre original : Lät den rätte komma in

 

Mika a aimé également.

 

"- Nous ne pouvons pas être amis. Juste pour que tu le saches.

Oskar croisa ses bras devant sa poitrine. Il sentait l'étui du couteau sous son blouson sous l'une de ses mains.

- Et pourquoi donc ?

L'un des commissures des lèvres de la fille se releva et dessina une espèce de sourire.

- Est-ce qu'il te faut une raison ? Je te dis simplement les choses telles qu'elles sont. Pour que tu saches.

- Bien, bien.

La fille se retourna et s'éloigna d'Oskar en direction de sa porte.

- Tu crois que je veux qu'on soit amis, alors ? Tu dois vraiment être stupide.

La fille s'arrêta et resta immobile un instant. Puis elle se retourna et revint vers Oskar avant de se planter devant lui. Elle croisa les doigts et laissa ses bras retomber.

- Qu'est-ce que tu as dit ?"

02.12.2009

Kadogos - Christian Roux

"On aime les scandales qui éclaboussent, pas ceux qui noient..."roux.jpg

Une tueuse à gages qui ne fait plus que des euthanasies (dans un genre "Léon", un peu), un capitaine de police nouvellement tuteur d'un enfant profondément traumatisé, une troupe d'enfants africains fraîchement arrachés au sanglant Rwanda se partagent les chapitres de ce roman haletant. En préambule, l'auteur nous propose deux façons de lire ce roman : soit en suivant la numérotation des chapitres, ce qui obligerait à moult changements de pages, mais offrirait une narration linéaire (en plus c'est un peu compliqué, les chapitres se partageant entre numéros, titres, et journal intime); soit, comme il le recommande, en se laissant promener au fil des pages l'une après l'autre, pour un suspens plus actif.

Adepte de la deuxième solution, je confirme avoir été rivée à cette histoire d'une noirceur pénétrante. C'est un peu l'horreur à tous les étages, rien qui ne va pour personne, des flics ripoux, des ordures pendant la seconde guerre mondiale qui ont fait fortune, des skinheads qui choppent des pauvres filles dans la rue, des enfants tout droit sortis de l'excellent roman d'Emmanuel Dongala (cité en remerciements : "indépassable Johnny chien méchant", je suis bien d'accord), et une histoire d'amour qui ne finira pas très bien. Un poil trop chargé, peut-être, encore que c'est connu, la réalité dépasserait bien souvent la fiction.

Extrêmement pessimiste et violent, donc, mais pourtant fort bon, sous la maîtrise d'une plume équilibriste, qui dose avec justesse ses effets et ses cruautés.

Pour souffrir et grimacer.

 

Ed. Payot/Rivages (Noir), 2009, 317 p. (poche)

 

Lu également par : Cathulu (merci pour l'envoi !), Paul Maugendre, Jean-Marc Laherrère,