14.03.2011
Guess what ? It's not fiction, and there's no escape.
Le tome 3 des aventures de MacKayla Lane resserre d'un cran le suspens, et c'est en apnée qu'on termine ces 372 pages : heureusement que les deux tomes suivants sont sur ma table de nuit, grâce à Fashion, que je remercie encore.

La construction est habile (il est simplement dommage de l'avoir soulignée en trois parties), intensifiant le rythme par saccades, baguenaudant dans le quasi primesautier pendant un bon moment, on savoure les dialogues toujours très réussis :
"Pretend what you will, MacKayla."
"Don't adress me by name", I grited.
"What should I call you ?"
"Don't."
On se délecte de scènes délicieuses (le nom de V'lane !), on voit peu à peu les différents personnages se mettre en place et interagir de plus en plus rapidement, on croit qu'on a percé le mystère Barrons (une source très informée m'a détrompée, mais la réponse - négative - arrive toute seule avec la scène du Sinsar Dubh), et puis soudain en deux chapitres finaux tout explose : c'est sombre, terrible, ça va très loin, c'est surprenant, et ça se termine en paroxysme. On ne sait plus où on en est.
Quant à Barrons, au final, je n'ai toujours au-cu-ne idée de son identité, de son essence. Il est donc très vieux, très fort physiquement, sait énormément de choses sur les Faes, les Ombres le laissent tranquille, V'lane le craint, le Lord Master est parti à son arrivée, tout le monde le connaît, il utilise des artefacts, manie la magie noire comme personne, sait utiliser (et comment !) la Voix, est sensible à la condition désespérée des Unseelies, et avoue lui-même que sa nature est de se faufiler dans la douleur (mauvaise traduction perso. La vo est : "Such naked pain. It is my nature to do. Get inside."). Mais Mac peut le toucher sans l'immobiliser, et lui ne peut toucher le Book. Tous ces indices me perdent défintivement.
Il y a plusieurs scènes marquantes dans ce tome, la plus belle étant peut-être ce moment où Barrons tourne le dos en demandant s'il s'agit d'une invitation, et Mac laisse passer le moment, totalement pétrifiée, comme nous (cette tension ! De folie ! On lit en apnée.) "What if ?" "I don't do hypotheticals."
Une série définitivement addictive.
FAEFEVER, A MacKayla Novel (Book 3) - Karen Marie Moning
2008, Dell, NY.
Eixiste en traduction française sous le titre "Fièvre Fae"
Lu également par : Fashion, Karine, Pimpi, Hydromielle, Isabelle, Lily, Trillian, Bladelor, Sandy, Clarabel, Mlle Pointillés, Hyppolite, Rose, Azi-lis, Soso, Lael, Au coin d'Eden, Azarea, Syl, Adalana, ...
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22.02.2011
Stay to the Lights !
On en parle partout, de cette série des Fever de Karen Marie Moning, et ça peut avoir deux effets : faire fuir, oppressé par tout ce battage, ou donner très envie de voir par soi-même de quoi il retourne. J'ai vu : je veux la suiiiiiiiiiiiite !

C'est l'histoire d'une petite Barbie de 22 ans, MacKayla Lane (Mac pour les intimes) qui coule des jours paisibles en Géorgie; elle n'est pas la blonde insignifiante qu'elle croyait; soudain, la voici confrontée à un monde rempli d'êtres malfaisants; dans ce premier tome, elle va va découvrir qui et ce qu'elle est...
Je ne vais pas plus avant dans le pitch, les avis ci-dessous vous en diront plus si vous en avez envie. Pour ma part j'ai vraiment super accroché, l'univers proposé est extrêmement cohérent et inquiétant, c'est plein d'humour en même temps, et on pense forcément à Buffy ! Il y a la juste dose de naïveté (Mac est une grande fan du rose !) aussitôt contrecarrée par un excellent esprit d'analyse.
A l'issue de ce premier tome, on reste dans du classique de chez classique, tant au niveau des créatures que de l'intrigue, mais les personnages sont impeccablement croqués, et la différence se fait dans certaines scènes aussi hilarantes que chaudes : qu'on m'apporte un V'lane immédiatement.
Karen Marie Moning, Darkfever, A MacKayla Lane Novel, 2006, 342 p.
(Existe en traduction chez J'ai Lu sous le titre Fièvre Noire)
Merci Fashion !
Lu également par : Isabelle, Iluze, L'Or des chambres, Sandy, Clarabel, Acsylé, Shopgirl, Pimpi, Lily, Karine, Bladelor, Chrestomanci, Hydromielle, Mlle Pointillés, Fondant au chocolat, Lael, Radicale, ...
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05.02.2011
Wolf Hall - Hilary Mantel
Les 4° de couv anglaises comportent souvent des dithyrambes inouïs, et ici on parlait carrément d'égaler Middlemarch, comme vous y allez, me disais-je in petto. Pourtant, Hilary Mantel signe bien là un roman historique à faire pâlir d'envie tous ceux qui s'y essaient en pataugeant maladroitement dans la mièvrerie et le passé simple, ou ceux dont l'érudition assomme; mieux, elle explose le genre, et on oublie très vite qu'on est dans l'Histoire pour plonger tout debout dans un Grand Roman.

Sous sa plume, Thomas Cromwell s'incarne et s'épanouit. A ses côtés, on ressent violemment les drames intimes de cet homme parti de rien, chassé par les coups de son père, dont la loyauté au Cardinal Wolsey demeure sans tâche, bien que mal interprétée. Il navigue à vue, non pas dans un but personnel - dans les premiers temps tout au moins, le pouvoir entre autres inhérences corrompant absolument tout - mais par pur souci de survivre, dans le royaume d'un Henri VIII inconstant et absolument pas fiable. Son père disait "If I could not be loved I would be feared" (si je ne peux être aimé je serais craint), c'était plus franc du collier. Cet Henri a un besoin maladif d'être apprécié, mais se laisse influencer par tout ce qui bouge, tant que cela sert son propre intérêt.
De 1500 à 1535, nous nous glissons en petite souris chez les Cromwell, et on en prend plein la tête. Histoire d'un homme avec ses interrogations profondes, histoire de ses drames absolus (la mort de son épouse, de sa soeur, de ses deux filles, de son Cardinal rejeté par le roi), histoire de l'Angleterre depuis le mythe des Danaïdes condamnées à errer en mer pour le meurtre de leurs maris, histoire du schisme, histoires d'alliances, de complot, de quête du pouvoir, d'amours, de la cruauté ordinaire...
Par exemple, et au hasard, la scène où, quelques temps après la mort de Wolsey, le roi envoie chercher Cromwell en pleine nuit. Ses ados l'accompagnent, tout le monde est super inquiet, que se passe-t-il, arrestation, c'est cuit pour nous, tout ça, en fait le roi a fait un cauchemar, son défunt frère lui est apparu. Cromwell sait trouver les mots pour l'apaiser, en lui glissant de prendre en main son royaume; il repart avec Cranmer et les ados, soulagés, plaisantent (laissant ainsi Cranmer entrevoir que cet homme est aimé, aussi bizarre que ça puisse lui sembler). Sous l'anodin, tout est dit de ce que pensent réellement ces deux hommes, du travail souterrain et incessant qu'ils fournissent en faveur d'Anne Boleyn, de leur rapport à l'Evangile, et de la fragilité du terrain sur lequel ils avancent.
"I wonder what you think the gospel is. Do you think it is a book of blank sheets on which Thomas Cromwell imprints his desires ?" (Je me demande ce que vous pensez qu'est l'Evangile. Pensez-vous que c'est un livre de pages blanches sur lequel Thomas Cromwell imprime ses désirs ?) demande Cranmer, qui n'était lui pas parvenu à rassurer le roi. Ce n'est pourtant pas ça, Cromwell a étudié l'évangile très attentivement, il en a vu les mauvaises interprétations au quotidien, sa foi est pleine de questions.
Ce qu'il en fera en pose également, et sur ses motivations profondes, et pour l'avenir de l'Angleterre, évidemment...
"He goes straight to Henry. He finds him in the sunshine, playing a game of bowls with some french lords. Henry can make a game of bowls as noisy as a tournament: whooping, groaning, shouting of odds, wails, oaths. The king looks up at him, his eyes saying, 'Well?' His eyes say, 'Alone,', the king's say,'Later,' and not a word is spoken, but all the time the king keeps up his joking and backslapping, and he straightens up, watching his wood glide over the shorn grass, and points in his direction. 'You see this councillor of mine? I warn you, never play any game with him. For he will not respect your ancestry. He has no coat of arms and no name, but he believes he is bred to win.'"
(Il fonce directement sur Henry. Il le trouve dans le soleil, jouant à un jeu de boules avec quelques seigneurs français. Henry peut faire d'une partie de pétanque un jeu aussi bruyant qu'un tournoi : criant, gémissant, lançant des imprécations, des lamentations, des serments. Le roi le regarde, les yeux disant : "Alors ?" Ses yeux disent "En privé", le roi dit "Plus tard", et pas un mot n'est prononcé, mais l'attitude du roi reste la même, plaisanteries et accolades, et il se redresse, regarde son bois glisser sur l'herbe rase, et fait un geste dans sa direction. "Vous voyez mon conseiller ? Je vous avertis, ne jouez jamais avec lui. Car il ne respectera pas votre hérédité. Il n'a aucun blason et pas de nom, mais il croit qu'il est élevé pour gagner.")
Ce que j'ai peut-être le plus aimé c'est la façon de laisser le lecteur deviner entre les mots, la manière de dépeindre en tournant autour, en proposant une image si nette qu'elle se passe des mots, que tout est ressenti profondément. Comme le moment où Anne Boleyn est couronnée reine, enceinte, le roi n'ose pas la toucher, il utilise (à nouveau) sa soeur Mary; Cromwell et Mary discutent, elle est harassée, désespérée. Il a toujours eu avec elle une relation amicale, on pense qu'il est en empathie, et la dernière phrase nous montre combien il n'en est plus là, combien il a perdu toute humanité pour n'être plus que tendu vers le bien-être du roi, quel qu'en soit le prix : "'Does a dirty dishcloth get a pension?' Mary sways on the spot; she seems dazed with misery and fatigue; great tears swell in her eyes. He stands catching them, dabbing them away, whispering to her and soothing her, and wanting to be elsewhere. When he breaks free he gives her a backward glance, as she stands in the doorway, desolate. Something must be done for her, he thinks. She's losing her looks." (Est-ce qu'une frippe obtient une pension ? Mary oscille sur place, elle semble abrutie de misère et de fatigue; de grosses larmes gonflent ses yeux. Il les tamponne, en lui murmurant des choses réconfortantes, tout en voulant être ailleurs. Quand il se dégage il lui lance un regard en coin, tandis qu'elle se tient sur le seuil, désespérée. Il faut faire quelque chose pour elle, pense-t-il. Elle perd son allure.)
Nous quittons Cromwell au sommet de sa vie, quand tout va encore bien pour lui, juste après la mort de Thomas More, au moment même où tout va basculer, parce qu'il choisit de faire passer le roi dans la demeure des Seymour... Là encore, les liens sont tissés sous la trame narrative, le parallèle est établi entre More qui ne l'a jamais vu venir, dit-il, et lui qui vit la même chose avec la petite Jane.
On est terriblement ému en refermant ce beau pavé, parce qu'on sait, nous, ce qui va arriver.
Ces 650 pages sont remarquables, vivantes, bruissantes, déchirantes, pleines d'intelligence, non exemptes d'humour, une merveille de roman (Man Booker Prize 2009) (pas encore traduit en français).
Four Estate, 2009.
Excellente review dans The Gardian,
* la trad est de moi, soyez indulgents.
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14.01.2011
The Anniversary Man - RJ Ellory
The Anniversary Man est un thriller, un vrai. Construit en 79 chapitres ultra-courts et nerveux, il débute par un prologue plus délayé que ne renierait pas Stephen king, et ouvre le bal avec John Costello.
"He was a reader, a literary one, forever thinking of smart ways to say things that did'nt need to be said."
A 16 ans, il survit à l'attaque d'un tueur en série, et en reste marqué à jamais. Sa vie est en marge, il compte tout et tout le temps pour fixer des cadres à un quotidien qu'il occupe par ailleurs à faire des recherches pour le New York Times, spécialiste des tueurs en série. Il travaille pour Karen Langley, journaliste-rédactrice, qui nous est tout de suite sympathique, d'abord en acceptant John avec son étrangeté, puis par son amour des cocktails :
"So, she said, I want a cocktail. I want a Long Beach iced tea.
- A what ?
- Long Beach iced tea... gin, rum, vodka, triple sec, sweet and sour and cranberry." (A tester...)
C'est alertée par John qu'elle contacte le détective Ray Irving, vrai héros de ce roman, et le met sur la piste d'un tueur en série redoutable : il reproduit à l'identique (même pour la date) les meurtres des anciens serial killers, des années après. On ne sait ni qui il va copier, ni quand, ni pour quel meurtre. La liste des possibles est effrayante, il est d'une méticulosité totale, et se met bientôt à narguer la police par des indices qui ne mènent à rien, sinon à reconnaître son avance perpétuelle.
(Ray a une théorie intéressante sur les serial killer, Karine et Fashion : "From what little Irving understood of serial killers, he knew many of them were in it for the publicity. I have a tiny dick, I have no social life, I cannot get laid by any other means than threat with a deadly weapon, and when I'm done I will destroy the evidence of my wrongdoing. I was abused as a child, I am a sorry motherfucker from whom everyone should feel sympathy and compassion. I had to kill them all because they were all really my mother. I have important work to do, a business venture if you like... why not invest your daughter ? I am a fucking nutcase.
Enough already.")
Non exempt de maladresses, de répétitions ou de lourdeurs, ce roman n'en reste pas moins un RJ Ellory, et on se coule sans peine dans son univers, touchés au fond des tripes par le trio meneur d'enquête, par leur solitude, leur inadaptation, leurs difficultés à saisir un sens à tout ça. La progression du suspens est d'une efficacité totale, à deux chapitres de l'épilogue on n'a toujours a-u-c-u-n-e idée du coupable (et pour cause), on a changé d'avis plusieurs fois, on a tremblé pour nos héros avant de les suspecter méchamment. Et en plus, on est tristes.
Faut vraiment qu'on aime-aime-aime la plume de Mister Ellory pour ne pas supporter d'attendre une traduction française, mais on a de la chance, le niveau d'anglais est très accessible.
Orion Books, 2010, 452 p.
Les avis de : Au policier chinois, Bertrand, Emeraude,...
Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : rj ellory, vo, j'ai tenté le dernier john irving en vo aussi, bien trop dur pour mon niveau, bouh
29.12.2010
A Jaine Austen Mystery /2 : Last Writes - Laura Levine
Deuxième volet des aventures de Jaine Austen, Last Writes nous plonge dans l'univers des auteurs de sitcoms hollywoodiennes. Jaine est embauchée grâce à sa copine Kandi dans l'équipe de scénaristes de la toute nouvelle série "Muffy'n Me", qui passe le samedi matin à la télé et qui raconte les aventures d'une ado plantureuse qui a développé des pouvoirs magiques après avoir reçu un ballon de volley sur la tête (It's Bewitched with tits...).
Nos deux copines s'emballent comme tout, découvrent ce milieu de requins, et constatent que le beau gosse de la série couche avec tout ce qui bouge, sauf Jaine, par manque de temps, il se fait trucider par empoisonnement en plein enregistrement avant d'avoir pu s'y mettre sérieusement.
C'est Kandi qui lui a apporté les beignets à la mort-aux-rats, elle est donc suspectée, à tort, bien évidemment. Jaine mène l'enquête pour disculper sa copine...
On découvre aussi les parents Austen à travers de savoureux échanges de mails, qui sont à mon sens ce qu'il y a de plus réussi dans cette aventure, le reste étant dans le grand classique du genre. Aucun ricanement à proprement parler, mais on suit notre copine avec plaisir le temps d'un après-midi de détente, en constatant qu'elle utilise plein de mots français, et que pour l'instant les hommes ne sont vraiment pas sa priorité. Madame Austen mère, non contente d'être a terrible bad-speller, a carrément un problème pour retenir quelque nom que ce soit et ça donne des mails surréalistes !
Le tome 3 est commandé.
Kensington Publishing Corp. 2003, 234 p. (livre en anglais)
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18.11.2010
A Jaine Austen Mistery 1/ This pen for hire - Laura Levine
"If I sound cynical, it's because I am."

Elle s'appelle Jaine Austen (mother is an Anglophile, and a bad speller), est écrivain public à Los Angeles, a un chat, Prozac, qui est un ventre à pattes, des problèmes de poids (They have a marvelous flan on the menu, but there was no way I was going to order it. No way at all. Not in a million trillion years, I told myself, would I let one more calorie down my gullet. P.S. It was yummy.), est divorcée, ultra méfiante envers les hommes, pleine de références littéraires, et très drôle.
Parce qu'elle refuse de croire à la culpabilité d'un de ses clients dans une affaire de meurtre, elle se lance dans une enquête improvisée autour de l'assassinat d'une prof d'aérobic. Très vite, elle constate que les suspects possibles sont nombreux, et la police pas vraiment encline à coopérer...
Le ton a d'indéniables similitudes avec celui de Janet Evanovich, pour le meilleur, tant c'est réussi. Jaine Austen s'impose immédiatement dans une vraie proximité, plus encore que Stéphanie Plum parce qu'elle nous ressemble, elle. Pas de famille haute en couleur aux environs, un vrai problème de taille de cuisse, pas vraiment mignonne, branchée livres et écriture, et morfale invétérée : comment ne pas l'aimer ?
Dans ce premier tome introductif, elle subit quelques rebuffades masculines qui sont susceptibles d'évoluer, suite au prochain épisode...
Et puis comme elle a finalement obtenu un chouïa de médiatisation (pas facile, à Los Angeles) avec cette première affaire, qui lui a beaucoup plu - jouer les détectives est décidément plus excitant qu'écrire une énième brochure pour un plombier - elle espère augmenter son portefeuille de clientèle :
In fact, I've already been working on an idea for an ad in the Yellow Pages. What do you think ?
Jaine Austen, Discreet Inquiries
Work Done with Pride, not Préjudice
I know. It needs work.
Kensington Books, 2002, 224 p.
L'ordre chronologique des aventures de Jane Austen, en VO uniquement, à ma connaissance un seul opus est traduit en français et ce n'est pas le premier, aucun intérêt.
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18.06.2010
Then she found me - Elinor Lipman
Le roman adapté par Helen Hunt n'a pas grand chose à voir avec le film qu'elle en a fait, c'est même étonnant de constater à quel point elle s'en est éloignée.
Ici, pas de Colin, pas de mari, pas de grossesse du tout. Ce qui reste c'est la relation April-Bernice, déclinée sur 311 pages.
April est contactée par Bernice. 36 ans plut tôt, elle lui a donné naissance, elle avait 17 ans, et l'a placée en adoption. Elle a attendu qu'April ait perdu ses deux parents adoptifs pour se présenter à elle, et elles apprennent maintenant à se connaître.
April est prof de latin, elle enseigne à des adolescents, dans le même établissement depuis une quinzaine d'années. Bernice anime un talk-show télévisé, elle est menteuse, vaniteuse, femme à hommes. Physiquement, elles se ressemblent beaucoup, mentalement, c'est le jour et la nuit.
Bernice fonce dans le tas, elle s'immisce dans la vie de sa fille avec une totale absence de tact. Bousculée, remuée, April réalise qu'elle a autour d'elle des personnes amicales, Anne-Marie, la secrétaire du bahut, et surtout Dwight, le bibliothécaire.
Tout se terminera bien, après bien des passages cahotiques...
J'ai trouvé bien des qualités à ce roman, la principale résidant dans son ton de franche intimité un peu doux-amer, et souvent caustique. Bernice est un personnage sympathique, une fonceuse déroutante qui met le bazar dans l'existence un peu terne d'April. Cette dernière est solidement campée également, on ressent tous ces petits riens indéfinissables qui la bloquent aux entournures. Dommage que Dwight soit si incolore et que le roman parte un peu en vrac avec l'arrivée du père biologique. Comme dans le film, il y a un peu trop de péripéties, même si ce ne sont pas du tout les mêmes.
Il n'empêche qu'un humour discret mais constant, une façon de creuser les personnages, m'ont plu, et que je relirai Elinor Lipman... En vo, puisqu'elle n'est pas traduite !
Copyright 1990 Elinor Lipman, Headline Review, 2007
Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : vo, relation mère-fille, adoption
25.04.2010
Love Letters - A.R. Gurney
Il y aura décidément un avant et un après Leo dans ma vie; c'est en discutant de ce roman avec Amanda qu'elle m'a proposé de lire LE texte ultime sur la relation amoureuse épistolaire à ses yeux, Love Letters de A.R. Gurney.
J'ignore tout des droits en ce qui concerne le théâtre, et me résigne hélas à ne pas publier d'extraits, mais je n'avais pas ressenti un tel coup de coeur pour un texte depuis très longtemps.
Nous sommes dans les années 1930, Andrew et Melissa sont enfants et se côtoient. La toute première lettre qu'adresse Andy est à la mère de Melissa, pour accepter une invitation à un goûter d'anniversaire. Leur correspondance durera plus de quarante ans, avec des relâchements et des périodes frénétiques.
Car toute la différence est là, ils se connaissent physiquement dans la vie, ont grandi ensemble, sont à l'opposé l'un de l'autre, mais ne retrouvent pas - tout au moins au moment où cela pourrait changer le cours des choses - la personne qu'ils lisent dans la personne réelle.
Melissa est riche, malheureuse, négligée par sa famille. Elle est cinglante, brillante, provocante, scandaleuse. Andy est un bon garçon entouré par sa famille, qui s'occupe ensuite bien de celle qu'il crée. Le sens du devoir est sans doute ce qui le caractérise. Mais ils s'aiment, depuis le premier jour, en dépit de tout. Ils se le disent, se le prouvent, le vivent, mais jamais au bon moment. Comme si de toute éternité leurs chemins n'étaient pas destinés à se croiser. Ils s'abîment, chacun différemment. Et ils s'écrivent...
C'est un texte extraordinaire qui condense en 54 pages une infinité de nuances. L'auteur donne d'ailleurs des indications extrêmement précises sur la façon de le jouer, dans une sobriété totale. Deux acteurs, ne se connaissant pas ou peu, qui n'ont surtout pas appris le texte par coeur, et qui ne le jouent pas, qui le lisent, sans effets, sans cris, sans pleurs, sans se regarder (sauf pour la dernière lettre) et en étant attentifs à la lecture de l'autre, comme s'ils écoutaient une émission de radio au loin.
Ce sont deux personnes fatiguées et cabossées arrivées sur le versant final de la vie, qui relisent ces petits morceaux de lettres, sans date, sans formules de politesse, qui ont constitué leur conversation au fil des années, entre les coups de fil et les rencontres.
Et le lecteur - le spectateur sûrement aussi bien sûr - reçoit tout en plein coeur : la joie, l'amusement, l'attraction animale, l'amour dévorant et insatiable, la frustration, la douleur, la jalousie, la colère, la peine (terribles dernières lettres !). C'est magnifique. Andy dit à un moment des choses si belles sur le fait d'écrire une lettre, c'est à recopier en lettres d'or et à encadrer.
"Trust what I wrote" indique en final l'auteur aux futurs acteurs. Je confirme :)
Texte original disponible à la vente en VO, en carnet à spirale, Dramatists Play Services Inc. (Pulitzer Price for Drama). Pièce montée pour la première fois en 1989, à New York. Traduit en plus de 30 langues, jouée dans le monde entier, par des énormes pointures comme par des amateurs, et devenue un classique du théâtre contemporain américain.
S'il existe un DVD zone 2, ou si la pièce se monte en France, s'il vous plaît, dites-le moi !
Un énorme merci, Amanda.
Publié dans Livres : J'adore | Lien permanent | Commentaires (27) | Tags : théâtre, superbe, magnifique, ultime, coup de coeur, vo