07.12.2011

The past is obdurate. It doesn't want to change.

11/22/63, le nouveau roman de Stephen King (Scribner Book Company, 849 pages, novembre 2011) est, à mon goût, une production très moyenne de cet écrivain (dont j'ai lu absolument tous les livres).

sometimes,we don't want to know,do we ?,sometimes,we're afraid to know.,we go just so far,then turn back.,

Le pitch est super : c'est un prof d'anglais, sans attaches (divorcé, pas d'enfants) à qui le cuisinier du rade où il a l'habitude d'aller (même pas un pote), Al,  confie une mission : empêcher l'assassinat de JFK, rien que ça. D'après ce que lui même a pu expérimenter (Al) (qui se meurt d'un cancer dû au tabac), un "rabbit hole" dans sa réserve conduit directement au 9 septembre 1958, à 11h58. Quel que soit le temps que l'on passe dans ce passé, lorsqu'on revient, il est toujours exactement deux minutes de plus que quand on est partis, mais le temps passé "en bas" reste comptabilisé pour soi (c'est-à-dire, vous descendez à 35 ans, vous passez 5 ans de 1958 à 1963, et vous remontez en 2011 :  vous avez 40 ans, vous vous êtes pris 5 ans en 2 mn temps réel). Et, d'après lui toujours, chaque descente effectue un reset complet, tout est à recommencer.

Sauf que.

Reset or not, ça reste à démontrer, et tous les paramètres inhérents aux paradoxes temporels vont à un moment ou un autre poser problème...

Bon, ça c'est la base de l'histoire en très gros, et sans doute la partie la plus intéressante, de par les questions qu'elle soulève (et l'effet vertigineux de tout voyage dans le temps, la responsabilité, l'effet papillon, tout ça). Mais. (Et il y a de gros mais).

La construction est bancale. J'ai failli abandonner plusieurs fois (en même temps je voulais vraiment savoir), et tout en m'accrochant j'ai survolé nombre de passages tout à fait chiants (hé oui). Les personnages n'évoluent jamais, ils sont fixés dans leur rôle immédiatement et ne vont pas bouger d'un pouce en traversant tous ces évènements incroyables. Il y a un indigeste matraquage politique, et deux choses qui m'ont vraiment dérangée : c'est dégoulinant de bons sentiments, et ça se traîne incroyablement. 

Cependant : j'ai fini par y croire, à l'histoire d'amour (et pourtant, ce qu'elle m'a énervée avec ses clichés au départ !), et de ce fait j'étais beaucoup moins pressée de voir l'action avancer, ça tombait bien, elle n'avançait pas. Il y a des choses qui fonctionnent, aussi, je ne fais pas que taper. Tout ce que dit King sur le métier de prof, sur la danse, tous ces gimmicks ("sensayuma" etc.), toute cette sincérité que l'on sent sous le pied, ces scènes où l'on participe malgré soi à la ferveur de la foule, cette angoisse qu'il parvient encore malgré tout à susciter (je dis malgré tout parce que pour chaque moment fort, il y a... je ne sais pas moi, sans exagérer... 100 pages de préparation et de d'atermoiments), oui, quelque chose fonctionne malgré tout.

Mais en ramant beaucoup, en noyant le tout dans un bavardage tout à fait pénible. Non, pas du tout le meilleur Stephen King ni celui adéquat pour le découvrir.

Un truc affreux ? William Olivier Desmond m'a beaucoup manqué, pendant cette lecture. Sa plume est  à jamais associée, pour moi, au plaisir de lire Stephen King et la plume originale, en VO, m'a semblée plus fade.

"For a moment everything was clear, and when that happens you see that the world is barely there at all. Don't we all secretly know this ? It's a perfectly balanced mechanism of shouts and echoes pretending to be wheels and cogs, a dreamclock chiming beneath a mystery-glass we call life. Behind it ? Below it and around it ? Chaos, storms. Men with hammers, men with knives, men with guns. Women who twist what they cannot dominate and belittle what they cannot understand. A universe of horror and loss surrounding a single lighted stage where mortals dance in defiance of dark."

"She takes my hand like a woman in a dream. She is in a dream, and so am I. Like all sweet dreams, it will be brief... but brevity makes sweetness, doesn't it ? Yes, I think so. Because when the time is gone, you can never get it back."

In the Mood, Lindy-hop, parce que ça, ça fonctionne vraiment... Pour Jake et Sadie.