06.04.2011
Peut-être as-tu soudain développé vis-à-vis de moi une pulsion explicative paranoïde
Dans "Quand souffle le vent du nord"*, Léo m'avait totalement, irrémédiablement conquise; avec "La septième vague", le charme fonctionne toujours, mais.

Il s'est enfui à Boston. Pendant 9 mois et demi (intéressante symbolique...). Emmi a continué à parler à un répondeur-mail automatique, elle ne pouvait pas en rester là. Puis il revient. Et il répond. Reprennent alors - doucement, c'est fragile - ces conversations brillantes, ces petits morceaux d'eux, dans ce qu'ils ont de plus profond. Ces façons de ne pas comprendre un mouvement d'humeur, de mal interpréter. Ces élans fous, ces tripes qui se tordent en ne sachant plus si c'est d'extase ou de souffrance. Et puis...
La relation évolue, parce que tout simplement elle ne PEUT pas rester virtuelle. Mais très exactement comme cela se passerait dans la vie, en raison des autres, du quotidien, des engagements extérieurs, elle passe par plusieurs stades obligatoires, en avant, en arrière, stop on arrête tout, allez quoi on continue sinon on meurt.
Et c'est impossible à lâcher. La plume de Leo fonctionne pendant un gros tiers du roman, c'est délicieux, merveilleux, un régal.
"Chère Emmi, il faut que je t'avoue quelque chose, tu es la seule femme à qui j'écris, à qui j'écris comme cela, comme je suis, comme j'en ai envie. Tu es mon journal, mais tu ne te tiens pas tranquille, comme un journal. Tu n'as pas cette patience. Tu te mêles de tout, tu ripostes, tu me contredis, tu me troubles. Tu es un journal avec un visage, un corps et une stature. Tu crois que je ne te vois pas, tu crois que je ne sens pas ta présence. Erreur. Erreur. Quelle erreur."
Mais, quoiqu'il m'en coûte de le reconnaître, c'est Emmi qui brille dans cette suite. Elle est plus drôle, plus fine, plus droite dans ses bottes, plus émouvante, plus tout. Leo m'a perdue dans le dernier tiers, je n'ai pas du tout accroché à l'épilogue proposé, pas tant dans les faits (logiques et je les trouve très encourageants au final) que dans la façon dont il les interprète, les vit, les raconte. Non, Léo, sur ce coup-là tu n'as pas assuré.
C'est pas grave, je vais relire et relire la première moitié du roman, où j'ai ri, sursauté, n'en ait pas cru mes yeux parfois, ai été émue aux larmes, bref, déguster ce petit jeu tellement communicatif en tentant d'oublier le développement romantique qui, lui, m'a semblé artificiel et pas très bien huilé.
Daniel Glattauer - La Septième Vague
Ed. Grasset, 2011 348 p.
Traduit de l'allemand (Autriche) par Anne-Sophie Anglaret
Titre original : Alle Sieben Wellen
Un énorme merci à Clara pour le prêt en avant-première ! Son avis, celui de Cathulu et de Tamara.
Fashion l'a lu dans le métro (c'est un concept) et je peux témoigner que ses SMS étaient, comment dire... fiévreux ?
Stephie veut qu'on se batte, non, Stephie, pas notre vie privée sur les blogs, je t'ai déjà dit. Prépare la boue.
* (Les allemands en ont fait une pièce de théâtre, j'ai regardé quelques vidéos, sans rien comprendre, évidemment, mais je trouve la mise en scène intéressante, les français se réveillent quand ?)
PS : J'ai relu les 2 romans dans la foulée, c'est absolument dément ce que ça fonctionne, encore et encore. Et à la relecture, j'ai constaté qu'Emmi menait déjà la danse dans le premier roman, en réalité; le charme incroyable de Leo m'avait aveuglée, je ne vois pas d'autre explication.
PPS. Leo, schreiben Sie mir.
Publié dans Livres : J'adore | Lien permanent | Commentaires (30) | Tags : leo for ever, whenever, whatever